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[Histoire]Corbeau

 
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Corbeau
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MessagePosté le: Sam 25 Oct - 00:18 (2008)    Sujet du message: [Histoire]Corbeau Répondre en citant

Prologue 
 
 

« En des temps immémoriaux, notre dieu, Aion, créa Atréia. Notre monde était magnifique, une planète pleine de vie et de couleurs, avec l’imposante Tour de l’Eternité d’Aion traversant le coeur de notre terre. A cette époque, les Asmodiens et nous n’étions qu’un seul peuple, simplement appelés Humains. Notre monde était entièrement renfermé et n’était éclairé de l’intérieur que par la douce lueur de la Tour. Elle nous nourrissait, nous apportait l’espoir et nous soutenait de toutes les manières possibles. De notre côté, nous étions entièrement soumis à notre dieu. Nous avons appris cela non seulement à travers les légendes et les histoires qui ont été transmises de génération en génération, mais aussi par les nombreux objets et inscriptions que nos archéologues ont découvert dans les sites de fouilles aux quatre coins d’Atréia. La raison exacte pour laquelle Aion a créé ce monde demeure un mystère. Toutefois, rétrospectivement, nous pouvons constater que notre dieu nous réservait un défi monumental, une monstruosité qu’il invoqua pour mettre à l’épreuve notre détermination, notre force et nos convictions. Il s’agissait des drakens, des bêtes infâmes et effroyables. Des dragons immenses dont la majestuosité n'avait d'égal que leur cruauté indescriptible[...]
Plusieurs de nos paraboles les plus anciennes citent ces monstres et, la nuit venue, nous racontons aux enfants indisciplinés des histoires évoquant leur fureur épouvantable et leur soif de sang. Nous apprîmes vite à nous dissimuler, utilisant des enclaves naturelles pour échapper à leurs yeux aiguisés. Malgré tout, nous subîmes de lourdes pertes, tandis que d’autres races furent entièrement anéanties par leur offensive implacable. D’autres, comme les Maus et les Kralls, furent réduits en esclavage. Les drakens les épargnèrent afin d’utiliser leur force brute contre d’autres ennemis. Ces derniers, envoyés par Aion pour régir Atréia, gagnèrent en aplomb à mesure que leur nombre augmentait. Obnubilés par leur soif de pouvoir, ils commencèrent à oublier leur mission et même leur dieu. Nos récits parlent d’un jour particulier, lorsque les drakens changèrent brusquement. Ils devinrent plus organisés et quelques-uns acquirent une prédominance sur les autres. Nous apprîmes plus tard que les drakens avaient appelé cet événement «l’Eveil». C’est vers cette époque que leurs nouveaux maîtres, les cinq Seigneurs Dragons, renommèrent leur race, avec le terme que nous utilisons encore de nos jours : les Balaurs. Leur apparence et leurs compétences s’en retrouvèrent si radicalement transformées que nos ancêtres crurent avoir affaire à une nouvelle race, lorsqu’ils virent les Balaurs pour la première fois. Ce n’est qu’après les premières attaques, reconnaissant la brutalité bestiale de leurs assaillants et leur volonté implacable d’annihiler toute forme de vie, que la réalité s’imposa à eux : ces créatures, apparemment bénies par Aion, étaient bien celles qui avaient impitoyablement décimé toutes ces races sur Atréia. Ils avaient alors déjà entièrement délaissé leur mission originelle. Dans leur arrogance et leur avidité, ils demandèrent à Aion de leur céder un pouvoir démesuré. Aion refusa de leur accorder une puissance comparable à la sienne, redoutant l’usage qu’en feraient des êtres si destructeurs. Estimant que leur potentiel était bridé par Aion, les Balaurs se rebellèrent finalement contre leur Dieu. Ils rallièrent leurs sujets les plus combatifs et menacèrent la Tour de l’Eternité elle-même[...]
Nos ancêtres étaient des êtres courageux qui défendirent la tour et le dieu qu’ils vénéraient. Mais les Balaurs, avec leur force brute, les abattirent par milliers. Dans un acte désespéré, Aion créa les Seigneurs Empyréens, 12 puissants gardiens chargés de contrôler les Balaurs en maraude et de restaurer l’ordre dans Atréia. Aion synthétisa aussi l’Ether, une substance que les Seigneurs Empyréens pouvaient manipuler pour protéger leurs partisans contre les Balaurs. Cette substance servit également à matérialiser un bouclier protecteur autour de la Tour d’Aion afin que nos derniers ancêtres vivants puissent jour après jour reconstruire un semblant de civilisation. C’est ainsi que débuta la Guerre du Millénium, un conflit qui vit les terres et créatures non protégées par le bouclier éthéré brûler et hurler à l’agonie alors que les Balaurs libéraient leurs frustrations sur tout ce qui opposait une quelconque résistance. Les écrits témoignent de la prospérité de notre peuple durant cette période alors que les Seigneurs Empyréens, aidés des humains capables de maîtriser l’Ether, combattaient les Balaurs avec bravoure. On appela ces individus les Daevas et, avec le temps, ils développèrent des pouvoirs de loin supérieurs aux simples mortels. Ils étaient virtuellement des demi-dieux et ils allaient bientôt contribuer à façonner notre avenir. Nous tendions à penser que ces êtres, capables de voler, étaient des anges envoyés par Aion pour ramener l’ordre et la stabilité dans notre monde.
La guerre fit rage pendant des années et même si nous remportions quelques victoires, le combat restait serré. Dans le meilleur des cas, même si notre camp devait finalement l’emporter, le prix à payer pour notre peuple serait insupportable[...] Certains Seigneurs Empyréens, qui craignaient de s’enliser dans une guerre démoralisante, commencèrent à chercher d’autres moyens de mettre fin à cette lutte…De tous les Seigneurs Empyréens, c’était Ariel, à la beauté majestueuse, qui était la plus proche de son peuple. Lors de l’un de ses premiers soirs à Atréia, Ariel descendit de la Tour d’Aion et s’adressa à nous, réunis autour d’un feu de camp. Tout le monde fut impressionné par sa patience et sa bienveillance. Elle nous dit tout ce que nous devions entendre. Les Balaurs, malgré leur puissance terrifiante, seraient incapables de traverser le bouclier d’Ether. Pour la première fois depuis de nombreuses années, nous étions à l’abri. Il existe encore des gravures dépeignant cette soirée. On y voit cette auguste silhouette féminine, se tenant les bras ouverts au milieu de son peuple qui verse des larmes de joie et de soulagement[...] Si je vous parle d’Ariel, c’est parce qu’elle fut la première à reconnaître la sagesse du Seigneur Israphel, lorsque ce dernier fit sa surprenante proposition de paix. Elle avait suffisamment de clairvoyance pour comprendre que, même si nous devions finalement être victorieux, nous serions meurtris par ce conflit. Elle avait suffisamment de courage pour faire face aux autres Seigneurs Empyréens et condamner leur soif de victoire qu’elle qualifia d’orgueilleuse, à juste titre. Comme Israphel, elle rappela que cette guerre durait depuis mille ans. Comment pouvions-nous être sûrs qu’elle ne durerait pas deux, trois ou dix mille ans de plus ? Elle comprit, tout comme Israphel, qu’en poursuivant cette guerre interminable, nous risquions de perdre plus que des vies. Nous risquions de perdre ce qui nous différenciait des Balaurs et des autres bêtes féroces qui parcouraient notre monde : notre humanité. Tout le monde savait qu’Israphel détestait les Balaurs plus que quiconque. Si même lui était capable de surmonter sa haine au nom de la paix, alors nous pouvions tous suivre son exemple. Plus encore, nous devions tous le suivre. Il ne subsiste aucun écrit des délibérations des Seigneurs Empyréens suite à l’annonce d’Israphel, mais nous savons qu’une dispute éclata entre Ariel et les Seigneurs les plus belliqueux. Il était clair que plusieurs s’opposeraient à la décision de chercher la paix et, pour la première fois, notre front jusque-là uni se fissura. Pourtant, même les bellicistes avides de gloire, malgré leurs diatribes et leur rage, ne pouvaient s’opposer à l’autorité d’Israphel et Siel, les Gardiens de la Tour. Dame Ariel et les quatre Seigneurs bénis qui se joignirent à elle discutèrent âprement durant de longues heures, mais c’est le consentement de Dame Siel qui mit un terme définitif aux débats. Les Gardiens avaient parlé : la paix devait s’imposer. Nos ancêtres se réjouirent. Comment pouvait-il en être autrement ? Le courroux grandiloquent du Seigneur Asphel et de ses séides ne pouvait être que passager. En les regardant s’enfoncer dans la nuit glaciale, nous étions tous certains qu’ils reviendraient tôt ou tard, lorsque les esprits se seraient apaisés. Notre voie était clairement tracée et nul n’oserait s’y opposer. Ariel et ses fidèles entamèrent un chant de louanges et de remerciements envers Aion et, pour la première fois depuis des siècles, nous nous surprenions à espérer[...]
Le jour de la conférence de paix, à l’aube, nos ancêtres purent contempler les cinq Seigneurs Dragons, les commandants des Balaurs, se tenant seuls à l’extérieur du champ éthéré. Dans les oeuvres qui nous restent de ce jour, ils sont dépeints comme des créatures colossales, bien plus grandes que les autres Balaurs. Siel et Israphel, les deux Seigneurs Empyréens chargés de protéger la Tour, abaissèrent le champ éthéré et invitèrent les Seigneurs Dragons à l’intérieur pour y mener les négociations. A ce moment, ils auraient pu tous nous annihiler, mais ils choisirent de marcher paisiblement à travers nos villages jusque dans la Tour. Peut-être avions-nous gagné leur respect par notre résistance déterminée ? Peut-être Ariel avait-elle raison de vouloir leur faire confiance ? Asphel et ses séides aux visages sombres étaient présents. La conférence de paix commença et, dans un premier temps, les négociations progressaient bien. Puis l’ignominie eut lieu, brusque et fulgurante. Nous parlons encore des événements qui suivirent ce jour-là, et de la panique qui s’empara de nous alors que nous comprîmes une chose : les va-t-en-guerre parmi nous ne reculeraient devant rien pour parvenir à leurs fins, même s’ils devaient sacrifier Atréia toute entière. Nous vîmes Asphel se mouvoir vivement et soudainement, puis le Seigneur Dragon Vitra s’écrouler. Les Balaurs ne perdirent pas de temps avec des discours. En un instant, ce fut le carnage et le chaos. Leur haine atteignit son paroxysme et ils se frayèrent un chemin à travers nos troupes jusqu’à l’essence même d’Aion. Les murs de la Tour tremblèrent et se fendirent, des fragments titanesques s’en détachèrent. Ariel pleurait alors qu’elle s’efforçait de maintenir l’intégrité de la Tour. Avec ses disciples, elle était chargée d’apporter son énergie à la base méridionale de la Tour. Elle représentait le dernier rempart d’Atréia face à la destruction. Asphel et ses légions à qui l’on avait confié la protection de la partie septentrionale de la Tour, étaient sans doute trop enthousiasmés par la reprise des hostilités pour accomplir leur devoir. En dépit des efforts d’Ariel, les Seigneurs furent défaits. Dans un gémissement retentissant, la Tour vola en éclats d’un bout à l’autre. Aion, notre dieu, tomba. Nos ancêtres furent pris par une terreur indescriptible lorsque la Tour qui constituait le noyau d’Atréia vacilla et s’écroula. On raconte des histoires de foules énormes courant pour leur survie, dans une débandade généralisée. Réalisant qu’Atréia se mourait, Siel et Israphel se sacrifièrent. Ils vidèrent leur corps de l’Ether qui était leur sang et donnèrent leur vie pour préserver notre peuple. Des millions succombèrent au cours de cette catastrophe que l’on appelle désormais le Grand Cataclysme. Lorsque le calme fut rétabli, nous vîmes ce qu’il était advenu de notre monde : la Tour de l’Eternité, l’essence même d’Aion, était détruite, et notre monde était divisé en deux moitiés[...] »


Ces écrits. Voilà ce qui subsiste des écrits de notre monde à présent. Ce qui reste de notre monde tout simplement. Deux parties bien disctinctes. L'une baignée par la lumière et l'autre plongée dans les ténèbres. Je vis dans la partie inférieure d'Atréia, celle touchée par la lumière. On me dit que c'est une chance et un honneur mais je n'ai rien vu de tel, pour moi ce n'est nullement par choix que je me suis retrouvé ici. Il n'y a plus qu'une infime partie de la Tour qui relie nos deux peuples et cette guerre, aussi loin soit-elle, résonne encore dans les coeurs des générations à venir, dans nos coeurs. Il n'y a plus rien à espérer, plus aucune raison de se battre car ce monde est perdu. Mais je ne me bats pas pour entretenir cette guerre, non, je me bats uniquement pour préserver les miens de cette décadence ingrate. Je me bats pour leur offrir leur espérance de voir à nouveau ce monde tel qu'il aurait toujours dû être. Je vous livre à présent, au travers de ce livre, le récit d'une vie. Une vie qui est loin d'être terminée mais qui aura connue bien des épreuves au travers de l'histoire de ce monde. Vous comprendrez peut-être mieux, ou pas du tout, les revers que cette terre, ma terre, à essuyée. Et peut-être ouvrirez-vous les yeux, tout comme moi, sur la vérité cachée dans le coeur de ces hommes qui ont écrit l'histoire. Peut-être apprendrez-vous à reconnaître le vrai du faux au travers des âmes de ces hommes et de ces femmes qui ont croisés ma route. Oui, j'espère que vous parviendrez à trouver ce que moi j'ai mis toute ma vie à chercher, la paix. La paix de mon âme.
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Dernière édition par Corbeau le Lun 2 Fév - 23:41 (2009); édité 1 fois
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MessagePosté le: Sam 25 Oct - 00:18 (2008)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Sam 1 Nov - 11:03 (2008)    Sujet du message: [Histoire]Corbeau Répondre en citant

I 
Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi les hommes s’en remettent aux Dieux, s’en remettent à nous. Pourquoi, à défaut de prendre leur destin en mains, se laissent-ils fluctuer dans cette marée incongrue qu’est la foi. On me traite de parjure, d’infidèle, d’hérétique mais qu’ai-je fait à leurs yeux qui soit si ostensiblement condamnable ? Si avoir la foi c’est renier l’essence même d’une âme parce qu’elle ne partage pas votre religion alors tous les croyants ne sont-ils pas dupés par ces viles déités dont ils se croient les servants.
D’anciennes légendes content avec ferveur la gloire décadente de notre peuple, son épopée onirique. Le Dieu Aion, père de tous les pères, peuple de tous les peuples, vie de toutes vies, n’est-il pas le reflet de notre existence précaire ? Qu’avons-nous de plus aux yeux des hommes ? N’oublions jamais d’où nous venons. Je vais vous dire ce qui nous pousse à croire. Cet espoir futile placé entre des mains viles. Nous voyons en Lui, un Sauveur, mais la véritable raison qui nous anime et nous consume est bien plus sombre et égoïste que tout ce que l’on peut prétendre. La banalité de nos pêchés sous le couvert de Son nom, voilà tout ce à quoi nous en sommes réduits aujourd’hui. Pathétique. Se mentir à soi-même est le meilleur moyen de se voiler les vérités les plus essentielles.
 
 
* * 
* 
 
Je me revois marchant aux côtés de mon père. Un homme à l’allure d’un Prince. Tous ses apprêts en faisaient un homme riche, puissant et respecté. Je perçois encore chaque regard au détour d’une rue, chaque hochement de tête devant son passage, inclination du menton, courbettes. Je ne saurais dire quel sentiment me tiraillait à ce souvenir. De la peur sans doute, de l’incompréhension mais aussi un sentiment d’admiration et de frustration. Du haut des mes six ans, je levai des yeux sur lui tel un enfant de cet âge sur un père gratifiant et aimant. Et pourtant mon père était loin d’être tout cela. A ses yeux, j’étais un incapable, un moins que rien. « Tu me fais honte. Tu fais honte à ta famille et à ce nom que tu portes. Misérable que tu es. » Pour lui, je ne représentais rien alors que pour moi il était tout.
Il me tenait la main sans aucune retenue, me broyant les phalanges à chacun de ses pas. Mon bras s’étiolait et je sentais qu’il me l’aurait arraché si je n’avais pas fait l’effort d’agrandir mes foulées pour le rattraper. Son visage était ferme, résolu. Il ne m’accorda aucune attention de tout le trajet. Je commençai à perdre haleine, et mes jambes flanchaient toujours un peu plus. Mes pas étaient lourds et je butais souvent contre les pavés de la ruelle. A maintes reprises, il dût me tirer violemment à lui, ma tête s’arrachait de mes cervicales et s’écrasait contre sa jambe. Mais il ne ralentit pas pour autant. « …ton frère. Pourquoi n’es-tu pas comme ton frère ! Regarde-le. Vois comme il t’est supérieur. Mais toi… » Cette frustration qui me dévorait de l’intérieur venait plus de mon frère que de mon père. Du moins de ce que mon père instaurait entre nous. J’aurais fait n’importe quoi, été quelqu’un d’autre s’il avait fallu que je plaise à mon père mais rien ne lui suffisait. J’avais beau faire tous les efforts du monde, il ne me reconnaissait en rien. Alors que mon frère…Lorsque je le regardais, je ne voyais que mon reflet, un reflet qui me renvoyait ma propre inconsistance. Pourtant lui, il souriait. Je ne lisais aucune moquerie, aucune pitié dans ce sourire mais de la chaleur, de la bonté et c’est tout ce qu’il me fallait.
Il frappa trois fois contre le battant de fer. Une immense porte en chêne massif se dressait devant moi. La neige n’avait pas cessé de tomber depuis que nous avions quitté la chaleur du cocon familial et je la regrettais déjà. Mes pieds étaient gelés, mes joues rosies par le froid et l’effort, mon nez était réduit à un simple conduit d’écoulement, mes lèvres, pour ce que je m’en souvienne étaient gercées me laissant un drôle de goût cuivré au fond du palais. Mon père n’avait pas jugé bon de me vêtir en conséquence avant de m’empoigner par le col et d’entamer cette marche forcée où je ne connus ma destination qu’une fois arrivé sur place.
Un judas s’entrouvrit à hauteur du visage de mon père, puis je sentis se poser sur moi un regard juste avant que ledit judas ne se referme. La porte s’ouvrit ensuite et un frisson glacial me parcourut l’échine, sans aucun rapport avec la température hivernale qui m’enlaçait de ses bras de givre. L’angoisse. L’angoisse s’empara de moi. Je levai les yeux sur mon père dans l’espoir qu’il puisse y voir le désespoir et qu’il renonce à son entreprise funeste mais au lieu de cela il me darda de son mépris et fit demi-tour sans aucuns mots échangés. Je restai là sans bouger. La morsure cinglante du froid se heurtait à une froideur encore plus grande, celle de mon cœur. Une main se posa sur mon épaule, contact dénué de toute sensiblerie, et m’attira à l’intérieur de ce que je redoutais le plus.
Je me retrouvais dans une grande salle où régnait une douce odeur de viande rôtie, de fumet de ragoût ainsi qu’un parfum subtil de pâtisserie. Il faisait chaud et doux. Ce premier aperçu me surpris étrangement. Je m’étais toujours imaginé cet orphelinat comme un bouge où les enfants étaient maltraités, mal nourris et laissés en pâture à la rudesse des mâtons mais voilà que je côtoyais ce milieu, sans pour autant en faire partie, et que cela ne me paraissait guère changer de mes habitudes. J’avançais presque malgré moi vers une longue table dressée en plein milieu de la pièce. De la viande, des fruits et d’étranges gâteaux dont la forme défiait toute logique artistique me défiaient de les dévorer. Une marmite remplie de soupe pendait au-dessus d’un âtre brûlant où les braises finissaient de le réchauffer. Mon appétit réveillé par toutes ces odeurs délicates, je voulus m’empresser de la rassasié.
« Je vois que ton impolitesse est au-dessus même de ce que j’imaginais. Je m’arrêtai net. L’homme passa près de moi. Je n’avais pas fait attention à lui, mais ce qui me stupéfia c’était sa maigreur. Pas le ton bourru avec lequel il s’adressa à moi, non, sa maigreur. On eût dit qu’il ne tenait que par une volonté supérieure et que le moindre coup de vent pouvait le faire chavirer et le rompre. Son ample chemise pourpre, son pantalon de lin rapiécé semblait voler sur ses contours faméliques. Légèrement voûté, ses mains jointes devant lui, il était âgé. Trop âgé pour la tâche qui lui incombait, de mon point de vue. Pourtant je décelais chez lui quelque chose d’autre. Continue de dévisager les gens comme tu le fais et tu finiras par t’attirer des ennuis. Je sortis de ma rêverie et détournai le regard. Le bruit sourd de mon estomac me fit déglutir et baisser les yeux, mais je sentis le regard amusé de mon interlocuteur. Ne t’en fais pas tu pourras profiter de ce banquet sous peu mais avant cela quel est ton nom mon garçon ?
- Je n’ai plus de nom, dis-je après un temps de réflexion.
- Tiens donc. Et comment souhaites-tu te faire appeler entre ces murs. Il leva les bras mais ce geste quelque peu théâtral s’interrompit comme s’il nécessitait trop d’efforts. Je ne répondis rien. Un long silence s’instaura rompue par intermittence par les remous de la soupe en ébullition. Meg, cria l’homme devant moi, fais sonner la cloche. Il se tourna de nouveau vers moi, c’est notre chef cuisinier, tu devrais l’apprécier mais gares à toi si tu essayes de lui chaparder de ses mets. La cloche retentit et partout dans l’orphelinat s’ensuivit des claquements de portes, des bruits de pas et des cris d’enfants, tout se mêlait dans une cacophonie vrombissante qui convergeait en un seul point, le lieu où je me trouvais. N’aie crainte, ils ne te dévoreront pas toi. Ce vieil homme devait lire dans mes pensées, il avait répondu à mon appréhension grandissante quant à la découverte de mes nouveaux colocataires. Il me suffit de te regarder pour savoir ce que tu penses, (nouveau regard perplexe de ma part)au fait je me nomme Berin, ton impolitesse m’aura rattrapé. Il m’adressa un clin d’œil avisé. Je t’appellerais « mon garçon » jusqu’à ce que tu te trouves un nom. Et il s’en retourna à ses occupations.
Je ne me souviens guère de mes années à l’orphelinat par la suite. Les jours se ressemblaient. Je me levai tôt le matin à l’orée du jour, je faisais ma toilette avec un bac d’eau froide, nettoyai ma chambre, lavais les bains, j’allais ensuite suivre des cours théoriques où l’on m’apprit la calligraphie, l’art, l’histoire. Je me rappelle avoir été bon élève. Au fil des mois, des années, j’avais acquis la confiance de Meg et de son chaperon Al. Un jeune homme toujours enjoué mais dont les pâtisseries qu’il confectionnait et aimait tant avaient fini par le rendre obèse. Une chose est sûre j’étais toujours bien nourri. J’avais peu d’amis, pour ne pas dire aucun. Je préférais la compagnie de personnes plus âgées, plus expérimentés, de celles qui pourraient me permettre de sustenter à mon désir d’apprendre. Je les connaissais tous, il y avait Meg et Al bien sûr et Berin. Il y avait aussi Emeron le maître d’écurie, qui m’apprit le toilettage des animaux, et l’entretien d’un cheval. Je n’aurais jamais pensé qu’une bête devait requérir autant d’attentions. Après quelques cours pratique, il m’enseigna à monter. Je n’ai jamais été très habile par la suite. Il y avait aussi Violette la tutrice des arts et des lettres, Hob le tuteur d’histoire avec son cheveu sur la langue qui m’amusait tant, les domestiques Loyal, Le Boiteux (à cause de son pied bot)et Yolande, Umbre notre herboriste et à ses heures perdues sorcier mais cela ne devait être ébruiter (je ne l’appris que plus tard)et enfin Lame le maître d’arme. Son enseignement ne pouvait être suivi qu’à partir d’un certain âge mais il m’apprit quelques passes en secret. Je sus d’ailleurs de sa bouche qu’il avait été un grand capitaine à une époque lointaine et j’en sus davantage sur l’histoire de notre région que tout ce que Hob avait pu nous en conter. J’étais fasciné par tous ses récits sur les grandes batailles de ce monde mais je n’arrivais pas à en saisir le sens, la raison. Nous appartenons à la partie inférieure d’Atréia, celle baignée par la Lumière et donc selon Lame par la bonté et la pureté. Pourtant ce ne fut pas par choix que nous nous retrouvâmes de ce côté-ci mais je me gardais bien de le lui dire. Je m’étais forgé ma propre opinion de tous ces conflits et il m’eut été bien difficile de la partager avec autrui au vu de ce que mes oreilles pouvaient capter. J’appris donc peu à peu à me taire. A assimiler des informations, les ingurgiter, les classer, les rejeter, les accepter mais jamais à les exposer. Une fois je m’y étais risquer, à dire vrai c’était la seconde. La première remonte à l’époque où j’étais encore un Loinvoyant. J’essayais de faire comprendre à mon père que je n’étais pas doué pour tout ce qui était relationnel et que selon moi et ma petite expérience de la vie, cela n’était pas une tare. « Comment oses-tu t’adresser à moi de pareille façon ! Aurais-tu oublié la place qui t’incombe mon fils ! » C’est la dernière fois qu’il m’appela ainsi avant de me rosser. La seconde fois c’était en compagnie de Lame :
« Si les Daevas sont des demi-dieux, nés à partir d’un homme ou d’une femme, pourquoi ont-ils tant d’importance à vos yeux ?
- Ce n’est pas seulement leurs pouvoirs qui les rendent si uniques mais l’espoir qu’ils représentent dans la lutte éternelle pour la sauvegarde de la Tour et de ce monde.
- Pourtant vous les vénérés, dis-je incrédule, je vois des idoles dans chaque recoins, j’entends des psaumes en leur noms. Messire Lame auriez-vous oublié qu’ils ne sont rien de moins que des hybrides d’hommes et que nos pêchés sont aussi les leurs, pourquoi se repentir d’une chose qu’eux-mêmes feraient sans aucune peur de représailles ?
- Tu ne saisis pas le problème du bon côté mon garçon, me dit-il avec une pointe d’amertume dans la voix.
- Mais qu’est-ce que la Divinité alors si même des hommes peuvent espérer l’atteindre ?
- N’est Divin que ce qui prêche l’être comme tel. J’avoue que ces paroles énigmatiques restèrent floues à mes oreilles en ce temps-là.
- Alors si je comprends bien, je pourrais devenir…divin moi aussi. Il me regarda et eut un sourire amusé.
- En effet, tu pourrais en avoir des aspects.
- Je me devrais alors de vivre par procuration. Ce n’était pas une question.
- Qu’entends-tu par là ?
- Le peuple vit pour servir ses Dieux, je vivrais alors pour servir le Peuple et l’entité suprême qu’est notre père Aion et mettre ma vie éternelle au service de la Tour de Lumière, pour moi ce n’est pas vivre. Je trouve cela pathétique.
- Ta langue s’égare. Il avait raison mais cette fougue et ce désir de comprendre ce monde me poussait à dire ce que je ressentais.
- Non, je parle avec mon cœur. Je n’envie aucunement ces dieux et ces demi-dieux que vous adulez car ils ne font rien pour nous autres, peuple de misère que nous sommes. Où est la grâce que vous attendez d’eux, où se trouve ne serait-ce qu’une infime partie de leur bonté que vous espérez tant glaner. Non vraiment je ne vois rien en eux que vous pourriez leur envier. Nous sommes ce que nous décidons d’être, et non pas ce que les autres nous dictent de devenir. » Lame me regardait avec des yeux incrédules, à la fois anxieux, perplexe, mais sa colère prit le dessus face à ce gamin d’une dizaine d’années qui le prenait ainsi de haut et déblatérait sur une chose qu’il ne pouvait comprendre (ce qui, à l’époque, était vrai mais je crois ne m’être jamais autant approché de la vérité qu’à ce moment-là). Je fus congédié et condamné à ruminer ma colère, seul dans ma chambre.
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MessagePosté le: Sam 1 Nov - 11:07 (2008)    Sujet du message: [Histoire]Corbeau Répondre en citant

Des semaines passèrent et je voulus m’excuser de mon impertinence auprès de Lame. Lorsque j’entrais dans la salle d’armes je ne le trouvai point lui mais Berin aux côtés d’un autre homme. Ce dernier était un peu plus grand que Berin, pour dire vrai il était exactement l’opposé du maître de maison. Corpulent, vêtu d’une robe noire, une barbe et des cheveux grisonnant lui dévorait une grande partie du visage à l’exception de ses yeux clair et vifs qui brillaient d’une lueur différente de tout ce que j’avais pu voir. Il me regardait avec attention, me détaillant des pieds à la tête. J’attendais patiemment sous l’œil énigmatique de cet homme étrange.
« C’est lui maître Kirgan, dit doucement Berin à son hôte, il n’est pas celui que vous pensez. Ce Kirgan agita la main d’un air absent et s’approcha de moi lentement. Il me prit la tête entre ses grosses mains et me détailla comme on détail une bête de somme. Je crus qu’il allait m’arracher la tête. Mon regard croisa celui de Berin dans l’attente de son soutien mais il se contenta de hausser les épaules. Je sortis de l’étreinte de cet homme en le repoussant de mon bras. Doucement mon garçon, il ne te veut aucun mal sois-en sûr.
- Je ne suis pas une vulgaire bête de foire ! rétorquais-je avec ardeur.
- Ah oui ? Et qu’est-ce qui te différencie d’une bête ? L’homme corpulent s’occupait à bourrer d’herbe à fumer sa pipe en bois. Je ne su dire s’il s’amusait ou non.
- Je suis un homme, j’ai acquis la capacité de parler, de raisonner, de penser, j’ai ma propre volonté ce que les bêtes n’ont pas et ne peuvent acquérir. Elles ne vivent que dans l’instant.
- Oh ! Il cala sa pipe entre ses dents avant de marmonner, alors j’ai raison, tu es une bête. Devant mon incompréhension il se tourna vers Berin. Il n’est pas au courant ?
- Non Messire. Ce dernier souriait discrètement.
- De quoi devrais-je être mis au courant ? dis-je posément après avoir retrouvé mon calme.
- Je vois pourquoi tu as atterri ici…Il y avait de la prétention et de la nonchalance dans sa voix, nullement caché par ailleurs. Il passa une main au-dessus de sa pipe et inspira une bouffée avant de la recracher avec onctuosité dans un panache de fumée. Ce ton ne me plaisait pas mais je fis tout pour paraître aimable et posé. Je vois que tu es loin d’égaler la perspicacité de ton frère et que tu ne mérites pas le nom de Loinvoyant alors je vais te dire…
- Vous connaissez mon frère ? le coupais-je précipitamment en élaguant l’affront qu’il m’avait fait(belle capacité que de pouvoir trier et ne conserver que l’essentiel d’une information). Il me regarda et je crus discerner un sourire caché derrière sa broussaille argentée.
- Possible, en effet, que je le connaisse. Inutile de faire cette tête je ne suis pas ici pour te parler de lui. Dis-moi, « bête » que penses-tu des Daevas Elyséens ? Cette question me dérouta et il s’en aperçut. Après un temps. Je vois que je perds mon temps avec toi.
- Ce sont les êtres impliqués dans la lutte contre les Asmodiens qui vivent dans la partie supérieure d’Atréia, celle baignée dans les Ténèbres. Des êtres rassurants, chaleureux, accueillants qui vivent dans la belle cité de Sanctum, la capitale flottante d’Elysea notre mère patrie. Ils étaient des hommes autrefois, mais la grâce de notre Seigneur les as touchés et leur as permis de s’élever au rang de Daevas serviteurs de sa volonté. Il y eut un silence, puis il éclata de rire en frappant dans ses mains. L’écho se répercutait contre les murs de la vaste salle, beaucoup trop grande pour nous trois. Il se moquait impunément de moi.
- Tu as bien appris ta leçon, comme ces bêtes que l’on fait avancer à l’aide d’un bâton pour les corriger. Mais je ne t’ai pas demandé ce que tu savais d’eux mais ce que tu en pensais. Il croisa les bras en attente de ma réponse. Je regardais Berin qui ne broncha pas, parfaitement décontenancé par cet homme, qui commençait à m’échauffer les sangs.
- Bien vous voulez savoir ce que j’en pense alors voilà. Je pris une grande inspiration soucieux que ce que j’allais dire n’allait pas forcément leur plaire. Ce ne sont que des lâches cloîtrés sur leur île flottante à se pavaner et à se gausser de nous. Mais ce qu’ils oublient c’est qu’avant d’être ce qu’ils sont, ils étaient comme nous. Ils prétendent œuvrer pour une cause, une lutte sacrée, mais tout ceci n’est pas né de leur volonté mais de celle d’Aion, l’être de tous les êtres. Vous me traitez de « bête » mais eux, là-haut, que sont-ils si ce n’est les esclaves de Sa volonté, leur pouvoir ne leur octroie nullement le droit de nous abandonner…personne ne devrait jamais être abandonné. Je ressassais l’épisode de mon arrivée ici et retins la fureur qui grondait en moi. Je m’interdisais de pleurer, de montrer cette faiblesse trop longtemps refoulée. Kirgan, m’observa longuement.
- Tu as une idée bien arrêté sur nous à ce que je vois, pas forcément erronée mais néanmoins loin de la vérité. Cependant tu entremêles ton histoire à la nôtre sur fond d’accablement…Il soupira. Tu n’as pas traversé assez d’épreuves pour pouvoir te permettre de juger alors je vais te faire voir ce que tu prétends être la vérité. Il s’approcha de moi, main tendue. J’eus un léger mouvement de recul. N’aie aucune crainte, je t’accorde la vérité rien de plus. Il posa sa main sur le de sommet de mon crâne et ferma les yeux. Je le regardais faire, incrédule. Qui était-il donc ? A cet instant, mes yeux se révulsèrent et je me sentis partir, quitter mon corps pour un voyage au-delà de la conscience même. Je vis défiler devant moi tout un tas d’images, le passé se mêlant au présent, lui-même absorbé par les différentes branches de la destinée. Je vis le combat acharné d’êtres angéliques face à des êtres repoussants comme je n’en avais jamais vu. Les Elyséens contre les Asmodiens. La lutte fratricide pour le pouvoir suprême. Je vis la capitale de Sanctum, plus irradiante que jamais. Ces nombreux Daevas qui la peuplait, c’était inimaginable. Je fus surpris d’y voir des humains mais avant même de pouvoir approfondir sur le sujet une autre image s’imposa à moi. Mon village, ma famille, l’orphelinat. Je vis des visages qui ne m’étaient pas inconnus se matérialiser et derrière eux, de grandes ailes se déployaient. Etait-il possible que ce soit là des Daevas ? Dans mon village ? Une lumière vive m’engloba tout entier et je dus fermer les yeux pour ne pas être ébloui. Lorsque je les rouvrit, c’était sur un Kirgan, énigmatique. Qu’est-ce que tout cela signifie ? dis-je en constatant que j’étais en âge.
- Rien de plus. Rien de moins. Il se tourna vers Berin. J’en ai terminé avec lui, il saura tirer ses propres conclusions de notre entrevue. J’ai quelqu’un d’autre à voir. Merci encore mon ami. Il passa devant moi en m’ébouriffant avant de disparaître derrière la porte.
- Un homme d’une grande sagesse n’est-il pas mon garçon ? Berin s’adressait à moi avec calme et gentillesse. Voyant que je ne répondais rien, il quitta la salle à son tour, le sourire aux lèvres, me laissant seul avec mes réflexions.
Je ne pus trouver la quiétude du sommeil cette nuit-là. Et ce pendant près d’une semaine. Je me revoyais sans cesse arpenter ces couloirs lumineux, tantôt empli de chaleur, tantôt glacial comme une nuit d’hiver. Je revoyais ces visages, de plus en plus flous. Se devaient-ils de veiller sur nous ? N’étaient-ils là que par le bon vouloir ? Si tel était le cas faisaient-ils partis des Daevas ? Pourquoi protéger un peuple mortel et fragile quand eux-mêmes ont l’immortalité à découvrir. Autant de questions qui ne trouvaient aucunes réponses. Pourtant je cherchais, chaque jour, un peu plus. M’étais-je trompé…Ces déités veillaient-elles sur nous comme un berger sur son troupeau ou tout simplement par rattachement à leur passé. Ne représentions-nous qu’un intérêt infime à leurs yeux ou véritablement un lien si fort qu’ils se devaient de tout faire pour le préserver. Je venais tout juste de réussir à m’endormir, un sommeil sans rêves, nullement troublé par quelque image de ce sénile Kirgan lorsque j’entendis comme un écho au-delà de nos murs. Une sorte de clameur sourde. Un son uniforme qui se répétait inlassablement. Je ne voulais pas émerger de ce sommeil qui m’attirait à lui. Je n’eus hélas guère le choix lorsque j’entendis courir un peu partout dans les couloirs de l’orphelinat. Des portes claquaient, le tumulte prenait le dessus sur ma fatigue. Lorsque je m’éveillais, j’entendis plus distinctement le bruit de mon infortune. Une cloche. Je ne l’avais encore jamais entendu, surtout pas en plein milieu de la nuit. J’en déduisais rapidement que ce n’était pas une bonne chose. Je m’habillais prestement et me dirigeai vers la salle commune. Là, je retrouvais Berin en compagnie de Lame déjà apprêtés à sortir. D’autres professeurs étaient là également, en chemise de nuit et je pus distinguer dans leurs yeux, une certaine tension, une inquiétude menaçante. Que se passait-il donc en dehors de ces murs ? « Des Kralls et des Gobelins répondit à ma pensée Berin. Je n’étais plus surpris par son acuité à mon encontre et je hochais la tête en signe d’acquiescement, néanmoins abasourdi par une telle nouvelle. Lame va me chercher Umbre, je vais avoir besoin de ses talents. Prends également de quoi t’armer en conséquences. »
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MessagePosté le: Lun 15 Déc - 15:38 (2008)    Sujet du message: [Histoire]Corbeau Répondre en citant

II 
 
Le corbeau est un annonciateur de malheur pour la plupart des gens. On voit en lui, un animal charognard toujours là pour se repaître de cadavres, une charogne au service du Mal, au service de la Mort. Son messager. Son apparat noir, son cri lugubre, ses yeux sans vie en fond l’incarnation idéale. La peur, le mystère entoure cet animal et ce depuis la nuit des temps. J’ai ouï dire qu’il serait la forme animale des Asmodiens, la dégénérescence de leur esprit torturé par des milliers d’années d’obscurité et d’obscurantisme. Le fanatisme de certaines personnes et l’imagination du peuple me laisse pantois dans certaines occasions. Le folklore autour de cet animal en est presque risible car pour moi il n’est ni plus ni moins qu’un animal. Il ne se trouve là que parce qu’il le désir, attiré par sa satiété et non pas par sadisme ou esprit de profanation quelconque. Une dépouille est une dépouille, inutile d’appeler cela autrement. Qui se fiche bien qu’un animal s’en repaisse ? Il y a une seule chose que j’accorde à toutes ces élucubrations. Le Corbeau est annonciateur de mort et ce dans bien des cas. A mes yeux, c’est un ange de miséricorde.

* * 
* 
Berin ceignit à son flanc une épée longue dans un fourreau de nacre merveilleusement ouvragé. Il avait revêtu une cotte de maille pardessus sa chemise pourpre et avait relégué son vieux pantalon de lin pour des jambières en cuir souple dont il resserra les lanières autour de ses genoux. Il attacha ses cheveux poivre et sel en une queue de guerrier. Son regard croisa le mien et je ne reconnu pas le Berin que j’avais l’habitude de côtoyer. D’ordinaire avenant et discret, il se montrait sous un autre jour, fort et puissant. Il accaparait l’attention de tous et son charisme en était décuplé au centuple. Envoler l’être famélique qui déambulait, pour voir si tout allait bien, au détour d’un couloir. Il avait repris la fougue et la vigueur de sa jeunesse et il nous irradiait de sa prestance. Je me prenais tout son être de plein fouet, je me sentais vigoureux et non plus somnolent, et j’étais prêt à le suivre n’importe où du moment que je ne serai jamais trop loin de lui. « J’admire ton courage et ta bravoure mon garçon mais tu ne t’éloigneras pas d’ici et…ce n’est pas négociable. » Il m’avait répondu sans que j’eus le besoin de rétorquer. J’étais déçu de ne pouvoir prendre part à l’expédition. Je cherchais désespérément l’approbation de quelqu’un et je fus récompensé en la personne de Lame qui hocha la tête imperceptiblement. Je courus alors jusqu’à la salle d’armes pour me vêtir comme il se devait. Je pris un pourpoint de cuir noir, la maille étant encore trop lourde pour moi, un pantalon en cuir également, plutôt ferme qui contraignait mes mouvements et où je ne me sentais guère à l’aise (mais je n’allais pas faire la fine bouche) et des bottines ocre où j’y dissimulais une dague de lancer. Pour finir, je pris ensuite des mitaines sombre et pour m’éviter d’avoir les cheveux dans les yeux (je me coupai les cheveux moi-même et ce n’était guère mon fort), un bonnet de laine noir. La touche finale était l’épée courte que je ceins à mon flanc. J’étais paré certes mais la peur commençait à s’insinuer en moi. Je me devais de la chasser. Je ne rejoignis pas les autres par la porte principale mais utilisais celle qui donnait sur l’arrière-cour. Il y avait ce potager que Dame Yolande aimait cultiver. Elle voulut m’apprendre les bienfaits des légumes et des fruits, les différentes concoctions que l’on pouvait obtenir en mélangeant tel ou tel fruit mais je fus vite lassé et ne revint presque plus dans cette partie du foyer. Je me rends compte à présent que j’ai du la blesser et j’en suis navré. En face de moi se trouvait l’orée de la forêt et le tumulte de la bataille faisait rage non loin de moi. Il me suffirait de franchir la barrière et de courir à travers champs sur une vingtaine de mètres pour disparaître de ce cauchemar insidieux. Mais là n’était pas ma destination et je faisais taire cette petite voix dans ma tête qui me poussait à fuir. Je me retrouvais donc à longer le mur Ouest de l’enceinte, tentant de me cacher et me soustraire aux yeux des plus curieux. La pénombre environnante était un atout de taille, tout comme la disposition de la ville, encore fallait-il la connaître par cœur, cela faisait trop longtemps que je n’y avais plus mis les pieds. Si cela s’était passé dans la forêt, aucun souci. Lame avait veillé à ce que je sois doué en matière de reconnaissance, de pistage, d’orientation. Nous partions ensemble faire divers exercices. Lui se cachait, je devais le retrouver ou alors l’inverse, je devais me dissimuler du mieux que je pouvais. Nous chassions le cerf argenté également. Les bois de cet animal ont toutes sortes d’utilités. En broyant le bois et en le mélangeant à différentes herbes l’on pouvait obtenir une poudre diluable dans l’eau, vertu curative extraordinaire contre le poison. Et à l’inverse, en brûlant le bois et en récupérant ses cendres habilement mélangées avec des plantes broyées, un poison indécelable et foudroyant. Tout ceci je l’appris de Umbre. Toujours est-il que Lame et moi n’avons jamais réussi à mettre la main sur l’un de ces cerfs.
Un flash éblouissant m’obligea à me coucher. L’entreprise était ardue car, à ma grande surprise, un grand nombre de Daevas vinrent nous prêter main forte pour repousser le raid des Kralls. Je n’en revenais pas. Que viennent-ils faire ici ? Ils se battent à nos côtés ? Est-ce là l’alliance que m’avait contée Lame ? Est-ce pour cela que les hommes leurs sont redevables ? Pendant que toutes ces questions m’assaillaient, un croassement me ramena à la réalité. Je levai les yeux et aperçus, perché sur la statue du grand Elyaste Azariel notre Roi, un corbeau. Il me dardait de son œil noir et pris son envol en croassant. Je suivis sa trajectoire des yeux et vis non loin de moi deux gobelins à la peau rougeâtre, habillés de harnais de cuir, d’une ceinture et de bottes crottées. A leur flanc, un couteau rouillé. De longues oreilles tombantes, deux yeux renfoncés dans leurs orbites et un menton proéminent où saillait deux crocs jaunâtres voilà comment je les caractérisais. La réalité s’en approchait. A ceci près que l’un d’eux avait des yeux globuleux, quelques cheveux se bataillant une place sur le sommet de son crâne ainsi que quelques poils au menton et dans les oreilles. Ils étaient des plus dépenaillés agissant sous les ordres de ces immondes Kralls dont on contait la brutalité aux enfants pour les obliger à ne pas faire de bêtises « Fais attention car si tu continues le Krall viendra te chercher. » Les deux gobelins traînaient une jeune fille par les bras. Elle se débattait furieusement mais la poigne de ces créatures ne semblait aucunement gêné par toutes ses gesticulations. Ce cortège funèbre se dirigeait sur le sentier non loin des rivages escarpés. Ils comptaient donc s’enfuir avec leur butin. Je les suivis, gardant une certaine distance, tel un félin prêt à bondir sur ses proies. Je n’étais plus qu’à quelques pas et je pouvais entendre leurs couinements bestiaux et les gémissements de la pauvre enfant guère plus âgée que moi. Je dégaina sans bruit. Ma première victime n’eût pas le temps de se rendre compte que la mort l’éperonnait. Mon épée enfoncée jusqu’à la garde entre ses omoplates, elle étouffa un râle d’agonie avant de s’écrouler sur le sol tel un pantin désarticulé. Le deuxième quoique surpris eût la sagacité d’esprit de se reculer de mon rayon d’action. Il piaillait, gesticulant dans tous les sens, arrachant des cris et des sanglots à la pauvre jeune fille qu’il n’avait pas lâchée pour autant. Je fondis sur lui, ma lame en avant mais sa rapidité d’exécution me laissa pantois. Il se ratatina sur lui-même, ma lame siffla juste au-dessus de son crâne chauve, et il m’envoya un terrible droit dans le plexus qui m’expulsa tout l’air contenu dans mes poumons. Il lâcha la fille et bondit ensuite sur moi, m’arrachant l’épée des mains en me griffant l’avant-bras et le visage. Je me retrouvais sur le dos, la créature à califourchon sur mon abdomen. Elle me martelait la poitrine et un bruit de craquement me fit pousser un gémissement de douleur. Je tentais vainement de le repousser avant qu’il ne me déchiquette entièrement mais il ne bougeait pas d’un pouce. Je sentais son haleine fétide et ses exhalaisons se rapprocher dangereusement de ma gorge, ses crocs jaunâtres se découvrant de plus en plus. L’instinct de survie pris le dessus et c’est dans la confusion que je terminais ce duel. Tout ce dont je me souvienne c’est que je lui asséna un violent coup de tête qui lui brisa l’arête du nez. Un flot de sang noirâtre se déversa sur moi, emplissant ma bouche d’un goût âcre. Il me lâcha ce qui me permit de me dégager. Des étoiles éblouissantes dansaient devant mon regard. Le gobelin se releva, furieux, et se jeta de nouveau sur moi avec une hargne renouvelée. Il m’empoigna le col du pourpoint et je crus impossible, pour une aussi frêle créature, qu’elle puisse avoir autant de force. Il s’aida de ses jambes pour me sauter au visage et me mordre le cou à pleine dent. Je hurlais de douleur pendant qu’il m’arrachait un morceau de chair. Mes jambes fléchirent et nous tombâmes lourdement. Il faisait claquer ses dents près de mon visage tel une bête enragé et je commençais à voir des tâches sombres occultées ma vue. Si je perds connaissance, je suis mort, me dis-je. Le sang chaud qui se déversait de ma plaie faisait glisser le gobelin sur mon torse. Je cherchais à tâtons ma lame. Elle ne doit pas être loin ! Mais je ne prenais que de la terre et de l’herbe. Le gobelin me planta ses griffes au travers de mon armure de cuir et la lacéra de part en part. Je ne pouvais contenir pareil frénésie et tant de bestialité, pourtant mon cœur battait à tout rompre me rappelant que ce n’était pas fini, que je vivais toujours et que je pouvais lutter. Dans un sursaut d’orgueil je lui attrapai les bras, non loin des épaules et l’attira violemment à moi pour un autre coup de tête. Le choc fut terrible et un craquement sonore comme une branche que l’on écrase retentit. Une douleur immense se répercuta tout le long de ma colonne vertébrale et du liquide chaud se mit à dégouliner le long de mon visage. Le gobelin était là, étendu sur moi, le visage réduit en une bouillie informe. Je le fis glisser sur le côté et m’assis tant bien que mal. Je hoquetais de soulagement malgré mes blessures qui me lançaient affreusement. Ma plaie ouverte saignait abondamment. Je déchirais la manche droite de ma chemise et l’enroula autour de mon cou avec précaution. Seulement mes mains tremblaient, tout mon corps était pris de convulsions incontrôlées et sans l’aide de la jeune fille je n’aurais pu parvenir à me panser correctement. Elle m’aida à me relever. La bataille continuait de faire rage mais j’étais comme dans une bulle insonorisée. Les sons me parvenaient comme s’ils étaient à des milles d’ici. Je croisais le regard de la jeune fille. Elle était terrorisée et il y avait de quoi. Elle portait encore une chemise de nuit, preuve de la soudaineté de l’attaque, et ses cheveux étaient attachés en une natte qui lui retombait devant la poitrine. Pelotonnée ainsi contre moi, elle déclencha un frisson étrange en mon être. Je n’aurais sur dire ce que c’était, entre peur et plaisir. Je lui pris la main délicatement et l’emmenai jusqu’à l’orphelinat, seul lieu de sécurité à mes yeux. Durant notre diurne cavalcade je levai les yeux au ciel. Parmi les étoiles scintillantes, d’autres plus imposantes semblaient danser dans la lumière blafarde de la lune. Etoiles filantes aux ailes majestueuses. Je ne pus que rester admiratif devant une telle élégance malgré la brutalité de l’instant. Je ressentais cet étrange sentiment d’admiration que je partageais à l’encontre de mon père. Mon père. Un frisson glacial me déchira les entrailles. L’inquiétude me gagna si soudainement que je manquais de vaciller. Une image se forma aussitôt dans mon esprit, pas aussi nette que celle qu’avait pu matérialiser Kirgan il y a quelques semaines, mais suffisamment précise pour que je sache de quoi il s’agissait. Mon père se battait contre un de ces Kralls. Il n’avait aucune blessure apparente, mais face à pareil monstre…Imaginez une bête énorme aussi massif qu’un tronc d’arbre bicentenaire, avec des bras de la taille d’un homme, mettez-lui une peau écarlate aussi dur que de la pierre, à cela rajoutez-lui une mâchoire puissante sur une petite tête rattachée directement aux torses sans cou apparent, deux mains aussi large qu’un gamin, deux yeux rouge luisant comme deux tisons ardents dans l’obscurité et vous aurez plus ou moins un aperçu de ce qu’est un Krall. Je le savais bon bretteur mais je ne pus m’empêcher de redouter le pire. Je revins auprès de la jeune fille. Il ne s’était écoulé qu’un battement de cil et elle me secouait la main pour m’inciter à continuer. Ma priorité était de la mettre en sûreté. Je ne chercha pas à comprendre d’où provenait cette vision mais ce qui était sur à mes yeux, c’est que ma famille était en danger. Je courus à l’orphelinat et tambourina de toutes mes forces contre la porte.
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MessagePosté le: Lun 2 Fév - 23:44 (2009)    Sujet du message: [Histoire]Corbeau Répondre en citant

On m’ouvrit aussitôt. C’était Loyal. Il m’adressa un franc sourire, entre surprise et soulagement et m’invita à entrer prestement. Je fis passer la jeune fille et elle se blottit contre le domestique en me fixant de ses grands yeux émeraude. Je n’avais pas fait attention à elle dans l’obscurité mais là, à présent, sous la douce lumière de l’orphelinat, je fus secoué par tant de beauté. Elle était magnifique. Son visage était parfait et ses joues rosies par mes yeux perçants la magnifiaient davantage. Lorsque je m’aperçu que je la fixais, je détournai le regard, confus.
« Où vas-tu, me dit Loyal alors que je repartais vers la ville.
- Chercher mon père ! lui criais-je. »
Je courus, sur les pavés du faubourg, à en perdre haleine. Maintes fois je m’étalais de tout mon long m’endolorissant les bras et les jambes. Ma blessure m’élançait de plus en plus. On eût dit que mon cœur s’y était logé et que chaque battement était un coup de poignard planté à vif. Mes tempes bourdonnaient, mes poumons réclamaient de l’air, mes muscles me brûlaient, chaque parcelle de mon corps souffrait et c’était par pure volonté que je tenais encore debout. Un croassement soudain me fit lever les yeux au ciel. Là, perché sur le toit d’une maison, un corbeau. Il me toisait de son œil noir. Un étrange frisson me parcourut. Ce n’était pas mes contusions, ni même mes courbatures, mais autre chose, comme si un lien étrange s’était établi entre cet animal et moi. Je repartis en hâte, en proie au doute et à la perplexité, vers mon ancien chez moi. Je sentis le battement d’ailes de mon étrange rencontre puis le cri typique de l’animal. Derrière moi, des hurlements s’élevaient de la maison, mais je ne me retournai pas, contenant ma peine au plus profond de moi. C’était égoïste je le savais, mais qu’aurais-je pu faire d’autre.
Je ne pensais pas arriver si vite à mon ancienne demeure. Les rues de cette ville me paraissaient tellement grandes. Je n’y avais plus mis les pieds depuis mon abandon (soit sept années). Mais j’avais grandi et mon regard avait changé. Je n’étais plus ce frêle gamin, pleurnichard. Je reconnus la maison au premier coup d’œil, elle n’avait pas changé. Toujours aussi laide à regarder. La toiture était écarlate et les bordures de fenêtres bleu ciel, quand on sait que la maison est toute de bois, ce mélange exotique de couleurs me donnait envie de vomir. Ma mère n’avait jamais vraiment eu le sens du bon goût. J’entrais en trombe à l’intérieur. Tout était sans dessus dessous, j’avais beau crier personne ne me répondait. Ni mère, ni père, ni frère. Il n’y avait aucune trace de sang au sol et un examen approfondi me conforta dans cette optique. Je ressortis aussi vite que j’y étais entré et les cherchais du regard. Ils ne pouvaient guère être bien loin. Je les « vis » se dirigeant vers la forêt, des gobelins à leur trousses, je ne « vis » que deux silhouettes avant que je ne retrouve l’usage de mon corps. Le souffle court et le cœur aux bords des lèvres par cette nouvelle vision je me mis de nouveau à courir pour les rattraper. Alors que je courais éperdument, je constatais que les bruits de combats commençaient à se perdre, je pressentais la fin du raid et pensais à ces pauvres êtres qui se retrouveraient prisonniers de leurs geôliers et contraint à travailler jour et nuits, jusqu’à l’épuisement et la mort, dans ces mines de fer, dans le Nord non loin de la frontière des Abysses. Arriverais-je à temps pour épargner ce tragique destin à ma famille. Haletant, le cœur vrombissant, je scrutais l’orée de la forêt. Un haut-le-cœur me fit rendre mon dîner. Je repris mes esprits, cette course m’avait bien entamé physiquement et moralement. Je mis ma fatigue de côté et reporta mon attention sur la forêt. Je vis plusieurs formes indistinctes mais suffisamment nombreuses pour être celles que je cherchais. Sans perdre de temps, je me dirigeai vers elles. Je reconnus mon père et mon frère au milieu de quatre gobelins absurdes, gesticulant et couinant comme ils en ont l’habitude. Pitoyables créatures. Une masse sombre se cachait néanmoins non loin des arbres et attira mon regard. Cette « ombre » scrutait les moindres faits et gestes de mon père ce qui éveilla ma suspicion quant à un éventuel ennemi à l’affût. Je devais tout d’abord me concentrer sur mon père et le faire sortir de là. Je saisis ma dague. Je devais faire mouche de suite, espérant que cela suffirait à détourner leur attention l’espace d’un instant, profitant ainsi à mon père et mon frère. Je m’avançais doucement, accroupi. Arrivé à une distance de lancer acceptable, je pris une profonde inspiration et me recentra. J’armai mon bras. Ma cible était le gobelin, juste en face de moi. Il me tournait le dos. Alors que rien d’autre ne comptait que ce dos qui s’offrait à moi, un oiseau égrena ma concentration. Il passa si près de moi que je sentis l’air de ses ailes me fouetter le visage. Un corbeau encore. Le même ? Impossible. Je jurais entre mes dents et me concentra de nouveau. Mon père les maintenait à distance mais mon frère, lui, ne bougeait pas, le regard dans le vide. Etait-il terrifié ? Etait-ce la peur qui le paralysait ainsi ? Etait-ce là le frère dont je devais prendre exemple ? Celui qui m’a privé de ma place et de l’amour de mon père ? Alors que je me rendais compte de l’absurdité et de la futilité de mes pensées, la créature tapi dans l’ombre s’avança dans le dos de mon père. Un Krall. Je me devais de réagir car ce dernier avait un filet entre ses mains. J’armai de nouveau mon bras et décocha ma dague meurtrière. Elle tourna quatre fois sur elle-même avant d’aller se plonger dans le bas du dos du gobelin. Je devais avoir toucher un point vital car il se cramponna de douleur sur le sol, se contorsionnant dans tous les sens pour pouvoir enlever cet appendice métallique. La soudaineté de mon attaque eût l’effet escompté, l’attention des ennemis se détourna de mon père ce qui lui laissa l’initiative pour trancher la tête d’un des gobelins et d’entailler, dans la continuité de son mouvement, l’oreille d’un second dans une gerbe écarlate. Je profitais de cette débâcle pour courir vers mon frère. Je récupéra ma dague sur le gobelin qui hurla sa fureur à mon encontre. Je le fis taire en lui tranchant la gorge. Arrivé à hauteur de mon frère, je le pris par les bras et le secoua vivement : « Bon sang, remues-toi. » Alors que j’espérais le ramener à la réalité, j’entendis mon père plier sous le poids des deux gobelins. L’un d’entre eux était parvenu à lui agripper le dos, l’étranglant de ses doigts perfides. Je courus vers ce dernier, l’empoigna par son harnais et le tira de toutes mes forces. Ce que je ne pris pas en compte c’est que ces bougres de créatures ne lâchent pas prise aussi aisément. Je ne fis que déséquilibrer mon père qui chuta lourdement sur moi, écrasant son assaillant par là même occasion. Toutes mes blessures et douleurs éclatèrent en moi dans un flot continu et cinglant. Je crus que ma tête allait éclater sous cette effusion de souffrance. Je ne pus retenir un terrible cri d’affliction. Néanmoins malgré ma maladresse, mon père parvint à se dégager en assénant un violent coup de coude au visage du gobelin. Il se releva et sans attendre que je me sois dégagé, planta son épée dans le ventre haletant du gobelin. Je crus qu’il allait me transpercer également mais c’était sans compter sur son excellente maîtrise. Il me regardait d’un œil sombre, celui d’un homme prêt à tout pour protéger les siens. Je crus discerner un certain étonnement dans son regard, m’avait-il reconnu ou était-il simplement surpris de voir que je n’étais qu’un gamin. Je pencherais pour la deuxième solution. Je parvins à me dégager du cadavre, le corps encore plus meurtri qu’auparavant. Je restais un moment sur les rotules, à demi inconscient. Je crois que mon père m’adressa la parole en cet instant mais impossible de me souvenir ce qu’il me dit. Le dernier gobelin, sa main sur son oreille ensanglantée préféra prendre ses jambes à son cou. Aucune gesticulations inutile, il fuit aussi rapidement qu’il le put. La tête baissée, ma blessure saignait de nouveau, je pensais pouvoir enfin me laisser aller à l’inconscience lorsque je sentis des mains ferme me relever. S’ensuivit une tape sur l’épaule pour me ragaillardir. Quelque chose en moi fut troublé par cet élan d’affection soudain. Je savais qu’il ne me reconnaissait pas mais c’était suffisant pour me faire du bien, les larmes me gagnèrent rapidement et je dus les contenir pour ne pas me trahir. « Alors mon fils est-ce là tout ce que je t’ai appris ? » Je restais sans voix, s’adressait-il à moi ? J’eus un sourire amer malgré moi quand je compris qu’il parlait à mon frère. J’essuyais mes larmes du revers de la main quand soudain, je me rappelai qu’il restait encore un ennemi dans les bois. Je scrutais la pénombre, avançant même jusqu’à l’orée de la forêt. « Merci gamin pour ton aide quelque peu maladroite.
- J’aurais aimé faire plus messire, dis-je d’un ton neutre, sans me retourner.
- Tu en as déjà fait bien assez. Plus que mon propre fils. Je sentis poindre la déception dans sa voix. Quel est ton nom petit ? »
Mon cœur s’emballa à cette simple question et je fis tout pour le calmer. Je me retournais lentement prêt à affronter cette révélation lorsque je le vis. Il arrivait en traître, un filet à la main, je voulus les prévenir mais il fut plus prompt à agir que moi. Sa masse s’abattit violemment sur le crâne de mon père qui s’écroula aussitôt, face contre terre. Il lança ensuite son filet, alourdi par du plomb, sur mon frère. Un sourire carnassier défigurait les traits du monstre qui s’avançait, sa massue pleine de sang bien en évidence, vers mon frère. Il ne se souciait pas de moi. Piqué au vif par ce manquement d’intérêt à mon encontre, je saisis mon épée courte et pris le temps de réfléchir à une approche. Mon père était inconscient, voir pire vu la violence du choc, mon frère prisonnier ne pouvait s’échapper. L’ennemi était deux fois plus grand que moi et tout aussi large qu’une porte à double battant. Je ne pouvais donc pas compter sur une approche directe. Trop risqué. Il n’était pas puissamment armé, son gourdin devait nécessiter une grande allonge pour toucher proprement sa cible donc plus prêt de lui je me trouverais, plus j’arriverais à réduire sa force de frappe. Sa démarche en disait long également, un pas lourd et cadencé, pas très agile. Je me sentais capable d’anticiper ses coups même si mon état de fatigue me pesait. Il se baissa et attrapa la queue du filet, resserrant son emprise sur son prisonnier. Je profitais de cet instant pour me faufiler sur son flanc et finir hors de sa vue, dans son dos. J’étais prêt, ma main allait frapper, ma lame s’enfoncerait juste en dessous de ses côtes flottantes pour lui perforer le poumon. Une mort rapide(Berin m’avait appris tout ce que j’avais besoin de savoir sur l’anatomie humaine, j’en ai déduis par la suite leur points faibles). J’empoignais fermement ma lame, je n’étais plus très loin de lui lorsque je croisa le regard de mon frère sorti de sa torpeur. « Attention, me cria-t-il. » Le Krall avait feint de ne pas m’avoir remarqué et sans crier garde il balança son bras à une allure folle. Tout ce que je pus faire pour me protéger, c’était de lever ma lame. Son gourdin me frappa le haut du bras, au niveau de l’épaule. Un bruit sourd et une terrible vibration résonna dans tout le haut de mon corps. Ma nuque se brisa sur le côté, mon bras s’enfonça dans mes côtes. Je fus projeté sur le côté, le visage dans la poussière après avoir roulé sur quelques mètres. Le plus extraordinaire(ou le plus grave) était que je ne ressentais même plus la douleur. Un sourire mauvais se dessina sur mes lèvres alors que je crachais du sang. Perdais-je la tête ? Un râle d’énervement brisa le silence du combat lorsque le Krall retira mon épée de sous son bras. J’étais parvenu à lui planter ma lame entre le bras et le poitrail, en cet endroit le sang coulait abondamment et il serait difficile pour lui de l’épancher et l’arrêter seul. Furieux, il se dirigea vers moi avec hargne. J’avais jeté mes dernières forces dans la bataille. Et je souriais. Résolu à mourir. Pour une juste cause peut-être. Alors qu’il n’était plus qu’à quelques pas de moi, mon frère tendit la main dans ma direction et un éclair de lumière explosa devant moi. Je fus ébloui par cette intense clarté. Lorsque je recouvris l’usage de mes yeux, le Krall était carbonisé. Je regardais mon frère, incrédule, puis je vis descendre du ciel une pâle silhouette avec des ailes majestueuses. Elle était entourée d’un halo lumineux. La créature avait les traits de Berin mais ce n’était pas lui, Berin était un homme comme un autre. Des ailes m’enveloppèrent et tout devint noir.
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MessagePosté le: Lun 2 Fév - 23:45 (2009)    Sujet du message: [Histoire]Corbeau Répondre en citant

III 
 
J’ai toujours considéré les autres comme un fardeau, mon frère mis à part. On ne peut compter que sur soi. Je ne vis que pour me satisfaire. Je ne crois qu’en mes capacités. Je connais mes limites, je suis sûr de moi. Peu de personnes pourraient en dire autant. Ce n’est pas de la prétention mais juste la vérité. Je me connais mieux que quiconque et c’est grâce à cela que je suis parvenu à survivre en ce monde. Je fais partie des forts, je n’ai aucune pitié pour personne. La pitié est une faiblesse. La compassion également. Je sais faire preuve de discernement, et j’ai un très bon sens de l’analyse. Surtout de la psychée humaine. N’oubliez jamais que plus vous tisserez de lien avec autrui plus vous serez vulnérable. La souffrance n’a de vraie valeur que dans les yeux de celui qui est contraint de la regarder.

* * 
* 
 
 
Je me réveillais lentement, sortant de ces limbes qui me retenaient. Une douleur sourde battait contre mes tympans. Je frissonnais. Je fis rapidement l’inventaire de mon corps. Je pouvais bouger tous mes membres ce qui, en soi, était rassurant. Mes bras étaient endoloris, ankylosés, mes jambes pesaient des tonnes. Je voulus relever la tête mais une vive douleur à la base de mon cou me plaqua sur l’oreiller. Je passais une main sur mon visage et sentis sous mes doigts de nombreuses éraflures, cicatrices de mes combats précédents. Une bosse énorme trônait au beau milieu de mon front. Je ne devais pas être beau à voir. J’avais le torse bandé et ne voulus pas constater plus avant les dégâts, la tâche de sang séché me suffisait amplement. Je me trouvais dans ma chambre ; des volutes de fumée s’élevaient de divers pots de chambre disséminés au quatre coins de la pièce. Une douce odeur de gingembre, d’eucalyptus et de baies sauvages caressait mes narines. J’étais à demi conscient, les paupières lourdes. J’entendis la porte s’ouvrir et je reconnus Yolande qui s’affaira aussitôt à mon chevet. Elle m’appliqua une serviette humide sur le visage qui me fit le plus grand bien. Je réalisais, à présent, à quel point j’avais négligé ces douces attentions. Elle avait toujours été très avenante, affectueuse à mon encontre, plus qu’avec tous les autres enfants. Et moi, je ne lui avais jamais rien rendu, je ne voulais pas d’une deuxième mère mais j’aurais du la considérer autrement. Je me rends compte de l’ingratitude de mon comportement. Pourtant je ne le regrette pas car il m’aura préservé de bien des chagrins. Elle changea mes bandages en me souriant discrètement mais je sentais que quelque chose clochait. Son regard. Elle était affligée. Peut-être de me voir dans cet état. Je ne cherchais pas plus loin et le lui fit savoir :« Ne t’inquiètes pas Yolande, je vais bien, merci pour tout. »
Elle passa devant moi sans me regarder et sortit. Etrange. Je replongeais dans les ténèbres. Dans cette obscurité où le temps semblait altéré je parvins à entendre des bribes de conversations. Je reconnus la voix de Berin mais la deuxième ne me disait rien.
« Tu es le bienvenu…bien sûr…Je t’enverrais voir Kirgan sous le couvert d’une tâche à remplir, il semblerait qu’il ait envie de te parler. Ne fais pas cette tête tu devais t’en douter…tes capacités…ira pour lui, il s’en sortira. Il est beaucoup plus coriace que n’importe lequel d’entre nous crois-moi…erreur de jugement de ton père. Au moins aura-t-il su se rattraper avec toi. »
Je sentais qu’on me palpait, prenait mon pouls, assurait des soins réguliers. Je ne sais combien de temps cela a duré mais lorsque je rouvrais les yeux clairement, je me sentais parfaitement revigoré. Ressuscité. Je parvins à m’asseoir. Le contact de la pierre froide sous ma plante de pied me fit frissonner. Je pris une chemise en laine près de mon lit puis me dirigeai vers la porte. Elle s’ouvrit en grand alors que je posais la main sur la poignée. Je reculais vivement sous le coup de la surprise mais ma stupeur était encore plus grande quand je vis celui qui se trouvait devant moi. Je crus me retrouver devant un miroir. Ce visage, ces yeux, ce nez, cette bouche, tout était censé m’appartenir, il n’y avait que les cheveux et notre habillement qui nous différenciait. Mon homologue était vêtu d’une longue robe brune finement brodée, une sorte de copie de celle de Kirgan. Nous étions plantés, l’un devant l’autre, les yeux dans les yeux, sans aucuns mots échangés. Un long silence s’installa, j’en étais gêné.
« Bonjour mon frère, finis-je par dire. Belle façon d’entamer une conversation.
- Bonjour. Comment te sens-tu ?
- Courbaturé. »
Mon frère me regardait avec un drôle de regard. Entre joie et détresse. Comme avec Yolande.
« Que se passe-t-il ? Il ne répondit rien. Après Yolande, toi maintenant, qu’avez-vous tous à me dévisager de la sorte. Si vous avez à me dire quelque chose, dites-le. »
Je le vis devenir blême au fil de notre conversation. Le voir ainsi me fit comprendre la gravité de la situation :
« C’est de ton père qu’il s’agit. Je n’avais pas utilisé l’appellation de « notre » père car elle m’aurait paru déplacée et peu appropriée. Il hocha la tête doucement. Il est mort, dis-je d’un ton neutre. » Mon frère pleurait, moi rien ne paraissait mais j’avais le cœur en miette. Je posais mes deux mains sur ses épaules et front contre front je lui murmurai :
« Je ne t’abandonnerai pas. »
Il m’étreignit si soudainement que je fus comme paralysé. Je ne savais comment réagir, je n’avais jamais été étreint de cette manière par qui que ce soit. En fait personne ne m’avait jamais pris dans ses bras comme ce fut le cas ce jour-là.
« Voilà qui est touchant. » C’était Berin, redevenu le Berin de mes souvenirs ; dans une ample chemise vert criard encore plus affreuse que les précédentes. Il arborait un franc sourire comme j’en connus très peu. Il nous regardait, les mains jointes devant lui. Il s’avança et posa ses mains sur nos têtes. « Les jumeaux enfin réunis. Je ne désirais aucunement que la cause de ces retrouvailles en soit la mort de votre père mais le destin a parfois de drôles de manières. » Je le regardais et quelque chose en lui me ramena à ce rêve étrange où je le vis descendre du ciel arborant une paire d’ailes majestueuses, je me risquais doucement :
« Berin, dis-je lentement. Il me coupa la parole d’un geste de la main.
- Les questions seront pour plus tard mon garçon. Pour l’instant tu as mieux à faire. »
Il me jeta un regard mystérieux puis regarda mon frère avec plus d’égard. C’était tout lui, perspicace le vieux. Il fit une moue réprobatrice :
« Je ne suis pas si vieux que ça mon garçon, pas si vieux. » Il eut un sourire entendu que je partageais. Mon frère, lui, se contenta de sourire discrètement, épanchant ses larmes du revers de la main.
« Dirigez-vous vers la salle commune tous deux, j’ai demandé à Meg et Al de vous préparer quelques pâtisseries dont eux seuls ont le secret. Vous devez mourir de faim après tant d’épreuves. » Il avait raison, je ne me rappelais guère avoir avaler quelque chose depuis ma convalescence et cela me semblait si loin. « Ah oui j’oubliais. Une jeune fille est venue tout les jours pour prendre de tes nouvelles. Elle m’a dit de te remettre ceci lorsque tu te serais réveillé, avec ses remerciements les plus sincères. » Il sortit de sa poche une statuette qui tînt au creux de ma main. Je la contemplais. Elle était toute de bois et de confection récente. Harmonieusement lisse et détaillée. Elle représentait notre souverain Azariel. « Qui est-elle ? Je relevais la tête de mon présent, mes joues rougissant devant le regard insidieux de mon maître.
- Je ne la connais que de vue…bredouillais-je.
- Et bien j’espère que la bienséance te fera porter jusque devant son domicile pour la remercier comme il se doit, dit-il fermement. Je ne répondis rien mais au fond de moi j’étais heureux que l’on s’intéresse à moi, que quelqu’un prenne le temps de m’offrir un cadeau et de penser à moi. Voilà ce qui arrive lorsque l’on sauve une vie. Il m’adressa cette parole mais elle manquait de poids, tout comme son visage qui trahissait une certaine mélancolie. Il s’en aperçut et sans se départir ajouta, allez-y, je ne vous retiens pas plus longtemps. A bientôt mon garçon.
- Corbeau, dis-je posément.
- Pardon ?
- Mon nom. Dorénavant appelez-moi Corbeau. Il me regarda perplexe tout comme mon frère, qui paraissait même outré. La seule signification à voir en ce nom est qu’il m’a sauvé.
- Un corbeau t’a sauvé ? Il ne cachait pas sa surprise ni une pointe de sarcasme.
- Exactement, fis-je le menton relevé, est-ce si invraisemblable ?
- Loin de moi l’idée de vouloir dénigrer ton nom, dit-il voyant que je prenais un air renfrogné.
- C’est pourtant ce que vous êtes en train de faire.
- Pardonne-moi je ne voulais pas t’offenser. C’est juste qu’un tel nom, auprès de certaines personnes peut symboliser bien des choses.
- Je me fiche de qui pense quoi, dis-je avec un peu trop de véhémence, je repris un peu plus calmement, je sais qui je suis et ce que ce nom représente à mes yeux. Je me suis trouvé un nom en même temps qu’une vie. » Berin me regardait mi-figue mi-raisin mais finit par acquiescer devant mon explication. Je le soupçonnais d’avoir renoncer face à mon entêtement mais de toute manière personne n’aurait pu me faire changer d’avis pas même le regard de hibou que me jeta mon frère en entendant ce nom.
Nous prîmes par la suite, mon frère et moi, un repas plus que copieux. Al était un pâtissier hors norme, le seul que je connaissais à dire vrai mais cela m’importait peu car ses pâtisseries étaient toujours un défi pour mes papilles gustatives. Nous nous racontâmes nos vies respectives, nos découvertes, nos apprentissages, nos expériences, tout ce qui avait pu chambouler nos courtes existences. Il ne revint aucunement sur mon nouveau nom et acceptait, peut-être tant bien que mal, de s’y plier. J’appris de lui qu’il avait étudié la magie, du moins les bases les plus rudimentaires. Il savait lire, écrire, monter à cheval(beaucoup plus aisément que moi d’après ce qu’il m’en a conté), ses manières étaient celle d’un noble. Il parlait tellement bien que je restais coi à l’écouter. Il avait décidément l’âme d’un chef. Le portrait de Père. Que n’aurais-je pas donner pour lui ressembler un tant soit peu.
« Mais tu lui ressembles Corbeau, beaucoup plus que tu ne le crois. Je restais effaré.
- Comment…
- Oh ! Désolé, c’est une pratique courante. Je pensais que tu la maîtrisais vu les entrevues avec messire Berin.
- Une pratique courante ? m’exclamais-je.
- Ca s’appelle l'Eclat. C’est une utilisation de la projection de pensées. Plus tu la maîtrises plus aisée est ta communication entre les êtres, et ce quel que soit l’endroit au monde où il se trouve.
- Personne ne m’en a jamais rien dit…Je me retrouvais comme un idiot.
- Oh ! Peut-être pensaient-ils comme moi que tu le maîtrisais. » J’avais la mine déconfite. Je me demandais pourquoi tout le monde arrivait à lire en moi aussi facilement, enfin quand je dis « tout le monde » je pensais surtout à Berin, la réponse devenait évidente à présent. Je plantais mon regard dans celui de mon frère:
« Pourrais-tu m’apprendre à…Eclatiser ? Il me regarda tout sourire.
- Bien sûr. Tu es mon frère. Tu sais déjà envoyer tes pensées, certes sans le faire exprès, mais c’est un bon point de départ. Crois-moi, d’ici quelques semaines tu Eclatiseras comme un chef. » A dire vrai, il était loin du compte.
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MessagePosté le: Mar 10 Fév - 14:39 (2009)    Sujet du message: [Histoire]Corbeau Répondre en citant

Cela faisait bientôt un mois que nous avions commencé l’entraînement et je n’avançais pas d’un pouce. J’étais découragé et je commençais peu à peu à dénigrer les assauts répétitifs de mon frère pour me remettre au travail. Il faut dire que pendant que nous tentions d’Eclatiser correctement(du moins que je tentais)je reçus la visite de Roselyne. C’était le nom de la belle jeune fille à la natte. Elle était revenue, tout comme le printemps apporte sa douce candeur et ses premiers bourgeons en fleur, encore plus radieuse et resplendissante que dans mes souvenirs. Je me souviens encore parfaitement de ce jour, mon frère et moi étions en forêt, assis l’un en face de l’autre. Mon frère avait les yeux clos, en pleine concentration pour m’envoyer ses pensées mais moi je regardais la nature qui m’environnait. Un pinson s’abreuvait dans le petit ruisseau non loin de nous, le chant d’un rossignol faisait danser mes tympans, le bourdonnement d’une abeille me la fit suivre du regard, je sentais le battement de cette forêt pleine de vie. C’était si vivifiant. Je respirais à pleine bouche ce parfum si unique. Et dans ce décor idyllique je la vis. Elle se tenait à quelques pas de mon frère, droite comme un piquet. Visiblement surprise de nous voir. Je ne pouvais la quitter du regard. Son ample chevelure couleur de blé s’agitait lentement à chaque caresse du vent. Son minois si parfait était décoré de deux yeux azur merveilleux, d’un nez fin et gracile et d’une bouche élégamment dessinée. Elle était vêtue d’une robe couleur pêche qui lui arrivait un peu en dessous du genou et de petites sandales. Elle arborait également un petit châle qui harmonisait le tout. Elle me regarda droit dans les yeux comme si elle me découvrait pour la première fois et je fus comme paralysé. Je ressentais cet étrange frisson de peur et de joie qui se distillait au travers de mon être comme une simple poussée d’adrénaline.
« Excusez-moi de vous déranger, dit-elle posément, me serait-il possible de m’entretenir avec Messire Corbeau un instant ? »
Mon frère se détourna aussitôt et aperçut la jeune fille. Il m’adressa ensuite un regard malicieux que je lui rendis avec colère. Il se leva promptement, épousseta sa robe et s’inclina humblement devant elle.
« Comme il vous plaira damoiselle. Je retourne à l’orphelinat. Corbeau, retrouve-moi là-bas quand tu auras fini de…discuter. »
Je l’aurai tué si la jeune fille en question ne s’était pas rapproché de moi en souriant. Elle me dévisageait quelque peu confuse. Un ange passa.
« Pourriez-vous…elle ne termina pas sa phrase. Non rien, vous avez raison. »
Et elle s’assit en face de moi, pliant doucement sa robe sous ses genoux. Mais quel imbécile je fis ne voyant pas que j’aurais dû me lever à son arrivée. Je me redressai quelque peu et m’éclaircis la voix :
« Bonjour. Toujours aussi original.
- Bonjour Messire.
- S’il vous plaît appelez-moi Corbeau. Je n’aime guère ce « Messire » qui me donne trop d’importance. Elle sourit. Bon point.
- Soit, Corbeau. Je souhaitais, et au nom de ma famille, dit-elle rapidement, vous adresser mes plus sincères remerciements pour m’avoir sauvé la vie. Et elle inclina la tête. Je restais surpris devant tant de gratitude, elle m’avait déjà remercié d’un cadeau pourquoi fallait-il qu’elle remette ça de nouveau.
- Relevez-vous voyons, ce n’est rien. Pas besoin d’en faire tout un plat. Elle me dévisagea, perplexe devant mon incroyable flegme. Mauvais point. Ce que je veux dire damoiselle c’est que vous m’avez déjà adressé vos remerciements et qu’il s’avère inutile de m’en faire part à nouveau.
- Vous m’avez sauvé la vie, ce n’est pas rien.
- Certes non, mais je ne suis pas habitué à tout cet étalage de gratitude. Elle n’aima point ce mot « étalage ». Sa bouche se pinça subtilement. Deuxième mauvais point.
- Bien, dit-elle un peu trop sèchement, je ne vais pas vous déranger plus longtemps alors. Elle se releva et je fis de même.
- Non vous ne me dérangé pas voyons, qu’est-ce qui vous fait croire cela damoiselle ?
- Je vous ais interrompu dans votre séance de…elle ne trouva pas le mot et fit un signe de main évasif.
- Je n’aurais pu rêver meilleure interruption, dis-je le regard braqué sur elle. Elle resta interdite l’espace d’un instant puis se ravisa en un sourire gêné, voyant que je n’aurais pas dû faire preuve de tant d’audace j’ajoutai précipitamment, me sera-t-il possible de vous revoir damoiselle… ?
- Roselyne dit-elle devant mon interrogation.
- Roselyne, rajoutais-je comme pour imprimé ce nom en moi. Elle me sourit.
- Avec plaisir. Je m’arrangerais avec mes parents pour que je puisse avoir l’autorisation de vous revoir. Nous avons beaucoup de travail.
- Et que faites-vous donc ?
- Nous sommes des commerçants. A dire vrai nous sommes avant tout des artisans. Des parfumeurs, ajouta-t-elle devant mon incrédulité.
- Vous portez bien votre nom alors. Elle me regarda sans comprendre l’allusion. Ce mélange subtil de rose et de lys, ce que vous portez sur vous, ce parfum si suave, si discret qu’il en est enivrant sans que l’on s’en rende vraiment compte.
- Vous me surprenez Corbeau, en effet il y a de l’essence de rose dans ce parfum mais ce n’est pas du lys, dit-elle tout sourire, un doigt levé en signe de dénégation, c’est du lilas. Je fis une moue qui dût lui plaire car elle se mit à rire.
- Vous pourrez m’apprendre à mieux reconnaître toutes ces senteurs ?
- Bien sûr ! Elle était enchantée. Mais je dois d’abord voir cela avec…
- Vos parents.
- Oui. C’est un commerce de famille. Depuis des générations nous avons toujours su développer de nouvelles senteurs à petite et grande échelle. J’en savais quelque chose sur les affaires de famille.
- Vous voulez dire que vous approvisionnez aussi la capitale ? j’étais abasourdi.
- En effet oui. Nous avons cette chance de pouvoir en faire profiter les êtres supérieurs, c’est un grand honneur et le nom de notre famille s’en trouve plus que glorifiée. Je ne partageais pas son enthousiasme mais ne le démontrai pas.
- Alors je me trouve devant une grande damoiselle, fis-je avec révérence.
- Non, je n’ai rien de tout cela, dit-elle humblement, nous vivons modestement malgré tout. Pardonnez ma curiosité mais m’auriez vous accorder un quelconque intérêt si je ne vous avais pas raconté tout cela ?
- Je vous ai porté intérêt à la minute où j’ai posé mes yeux sur vous, et vous n’étiez qu’une fille en chemise de nuit hâtivement coiffé si je puis me permettre, dis-je sans le moindre ombrage. Elle rougit.
- Inutile de me rappeler cet épisode honteux, dit-elle le sourire aux lèvres.
- Honteux, tout dépend du point de vue. Pour ma part je n’y ai vu que de belles choses.
- Oh ! fit-elle dans une exclamation coquette, Messire Corbeau vous vous oubliez. »
Je m’esclaffai de rire comme il m’arrivait de le faire lorsque je rabrouais mon frère. A dire vrai nous riions tout les deux. Et lorsque vint le moment de se dire au revoir je lui proposais de la raccompagner ce qu’elle accepta. Elle habitait dans une petite maison dans le bourg, le magasin familial, tout ce qu’il y avait de plus modeste. Aucun signe de richesse apparent comme elle me l’avait souligné. La devanture laissait entrevoir les multiples confections de divers parfums et en grosses lettres chatoyante : « Parfumerie Ambrosia ». Je la laissais donc disparaître dans l’embrasure de la porte avec une pointe de chagrin dans le cœur, d’autant plus que je devais retourner m’entraîner à Eclatiser, ce qui ne m’enchantait guère. Je me surpris à regarder mon reflet contre la vitrine. J'avais encore les marques de mes combats, des éraflures et des bleus partout, le pansement autour de mon cou me rappelait la frénésie de mon corps à corps. Plus je me regardais plus je me trouvais pitoyable. Comment une fille telle que Roselyne pouvait accepter ma compagnie. Je l'avais sauvée mais était-ce une raison suffisante. Je pris le chemin du retour d'un air maussade, en essayant de conserver ce petit instant de bonheur fraichement partagé.
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MessagePosté le: Lun 16 Fév - 00:20 (2009)    Sujet du message: [Histoire]Corbeau Répondre en citant

IV 
 
Un combat ne se gagne pas avec de l'équipement. Toute personne peut en tuer une autre si elle est déterminée à passer à l'acte. C'est dans la nature humaine. L'homme est né avec le pouvoir de vie ou de mort. Il n'appartient qu'à lui de le dispenser. La volonté de vivre, elle, est une donnée cruciale dans un duel. Un duel ce n'est pas qu'une simple rixe cela va au-delà même de la simple compréhension. Un duel c'est une confrontation entre deux instants d'une vie. Un lien particulier qui unit les deux êtres. Plus rien n'a d'importance à part cette petite voix au fond de chacun qui ne cesse de nous crier "VIS". Car la finalité d'un duel, au-delà de la mort, c'est ce sentiment purement humain que l'on ne peut ressentir qu'à cet instant, cet éclair de lucidité qui nous fait prendre conscience de notre existence. Se sentir vivant au travers de la mort de l'autre. Voilà quelque chose de rassurant.

* * 
* 
 
 
De retour à l'orphelinat je me mis en quête de mon frère. Un détour par les cuisines m'apprit que le repas du soir allait être succulent. Du sanglier farcie avec sa julienne de légume de quoi vous faire vibrer les papilles. Ni vu ni connu je pris une miche de pain que je dissimulai sous mon pourpoint et un gâteau à la crème qui fut caché plus rapidement dans mon gosier. La bouche pleine, de la crème autour des lèvres, j'aperçus la tête de Meg qui se découpa au travers de la fumée de ses préparations. Je ne cherchai pas à savoir s'il était ravi de me voir car j'eus la réponse avec son rugissement. Je pris mes jambes à mon cou, le sourire jusqu'aux oreilles. Je détalai à n'en plus finir, courant dans les couloirs, évitant les autres orphelins de justesse qui me regardaient avec incompréhension. Je me sentais soudainement si léger dans cet endroit, si plein de vie. Je me sentais vivant depuis bien longtemps. Roselyne. Ce nom me revenait sans cesse. Peut-être n'étais-je pas assez bien pour elle mais cela n'était pas l'essentiel, je lui plaisais et c'était réciproque. Envolé mon amertume et mon pessimisme, j'étais heureux.Une fois ma course éffrénée arrivée à son terme, je pris le temps de reprendre mon souffle. Appuyé contre le mur, je respirais goulument, ressentant encore quelques douleurs au niveau du cou et de mon bras gauche. Soudain je réalisai que la miche de pain que j'avais chipé se trouvait contre moi, sous mon pourpoint. Je fis une mine déconfite lorsque je la vis toute luisante de ma sueur. Inutile de la ramener, je m'en servirais pour donner à manger aux animaux. Alors que je passais devant la chambre de Lame pour aller aux écuries, je surpris une conversation. Au départ cela m'avait paru sans grande importance mais lorsque mon nom et celui de mon frère arrivèrent à mes oreilles ma curiosité entra en action. Je m'avançais doucement de la porte et au lieu de coller mon oreille contre cette dernière comme la majorité a tendance à le faire, je me mis non loin du battant. D'une c'était une sécurité non négligeable au cas où la porte s'ouvrirait d'un coup et de deux, le léger interstice entre les charnières et le mur me permettait non seulement de mieux capter la conversation mais également d'entrevoir ce qui s'y déroulait. Il y avait Lame et Berin, et la discussion semblait quelque peu s'envenimer:
« Tu n'as pas le droit de leur faire ça ! Pas après tout ce qu'ils ont vécu !
- Depuis quand te soucies-tu du sort de ces orphelins Lame ? Mais tu verras les pièces d'or te feront oublier ta culpabilité, comme toujours.
- Je n'en peux plus de tout cela Berin ! Et je compte bien mettre un terme à tes agissements.
- Et comment comptes-tu t'y prendre Lame. Oublies-tu qui je suis. Et puis saches qu'ils viendront les prendre sous peu, le marché est conclu.
- Je t'en empêcherais quoiqu'il m'en coûte...
- J'aimerais bien voir ça
Je les écoutais depuis quelques minutes à peine et je sus de suite que les choses allaient mal tourner. Berin attrapa Lame par la gorge avec une célérité déconcertante et le plaqua violemment contre le mur. Je les perdis de vue l'espace d'un instant et seul leur mumures me parvenaient. Mais que se passe-t-il ? C'est quoi ce marché ? Alors que mes réflexions m'absorbaient pleinement quelque chose m'alerta. Dans la pièce il n'y avait plus aucun bruit. Je me déplaçai lentement pour les apercevoir lorsque soudain la porte s'ouvrit à la volée et je dus me plaquer contre le mur pour y échapper:
« Tiens donc le petit Corbeau. Alors on écoute aux portes ? »
Berin me toisait de toute sa hauteur et je me sentais écrasé sous le poids de son regard inquisiteur. Quelque chose en lui n'était plus pareil, je ne ressentais plus ce regard bienveillant bien au contraire. Il y avait du mépris, de la vantardise et une animosité certaine à mon encontre. Je sentais mon cœur battre à tout rompre, pressentant le danger imminent. Je n'avais qu'une envie m'enfuir le plus loin d'ici. Qu'était-il advenu à Lame ? L'avait-il tué ?
« Il n'a rien voyons pourquoi penses-tu que je pourrais lui faire du mal ? Son ton indiquait clairement sa supériorité et son dédain face à cette situation. Il s'amusait. Qu'as-tu entendu ? Son regard était noir.
- Rien de spécial, mentis-je, je n'ai entendu que des bribes de conversation, rien de bien concret. Ma voix tremblait et j'avais du mal à cacher mon appréhension, ma peur.
- Alors restons en là Corbeau, restons en là
Je fis oui de la tête et fit demi-tour la tête basse, tout penaud d’avoir été pris sur le vif. En réalité je n’avais qu’une envie disparaître aux yeux de Berin. J’attendais d’être passé dans l’autre couloir pour me remettre de cette frayeur. Appuyé contre le mur, je repris mon souffle, descendant ma tension et réalisant tout ce qui s’était produit. Une pensée me vint de suite à l’esprit. Mon frère. Je me mis à courir comme un dératé dans le couloir. Envolé mon enthousiasme je n’avais qu’une chose en tête, quitter cet endroit au plus vite. Une fois dans notre chambre, je constatai que mon frère n’y était pas. Je tendis mon esprit vers lui afin de pouvoir l’Eclatiser comme il me l’avait appris mais tout ce que j’y récoltais c’est un long silence et l’écho des battements de mon cœur sur mes tempes. Je maudissais ma fainéantise et mon manque de concentration et sortit en quête d’informations. J’alpaguais chaque enfant et lui demandait des renseignements quand à la probable destination de mon frère. Je finis vite par me rendre compte que les orphelins ne s’intéressaient aucunement à nous et que nous représentions à leurs yeux une menace aussi grande que si nous étions pestiférés. Je sentais leur appréhension à mon encontre, leur animosité mais je n’arrivais pas à en saisir le pourquoi. Décidément je n’arriverais jamais à m’intégrer où que ce soit. Je fis demi-tour afin de trouver le seul lien qui me rattachait ici à présent : Yolande. Je la trouvais comme à son accoutumé dans le petit potager à l’extérieur de l’enceinte.
« Yolande ! Dis-moi où se trouve mon frère je t’en prie. Elle me jeta un regard entre suspicion et peur.
- Que t’arrives-t-il Corbeau, tu es en âge ? me dit-elle se frottant les mains pleines de terre sur son tablier.
- Dis-moi juste où se trouve mon frère par pitié. Il y avait tellement d’inquiétude dans ma voix qu’elle fut prise de panique.
- Je ne sais pas Corbeau, je crois qu’il est en forêt, Berin l’y a envoyé quérir quelques feuilles pour le thé. Il lui est arrivé quelque chose ?
- Je ne sais pas, je dois le retrouver au plus vite. Je ne savais pas si je pouvais lui faire assez confiance pour lui raconter ce que j’avais surpris sans compter que la simple évocation de Berin me fit tressaillir. Je décidais de ne rien lui dire et courus en direction des bois.
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MessagePosté le: Sam 25 Juil - 14:48 (2009)    Sujet du message: [Histoire]Corbeau Répondre en citant

L'air était saturé d'humidité, il ne tarderait pas à pleuvoir sous peu. Le ciel s'était assombri, les nuages grossissaient, noirs et impétueux. Je pénétrais dans la sombre forêt bien déterminé à retrouver la trace de mon frère. Je m'époumonnais comme un diable, mon regard balayait la moindre parcelle de terre. Où était-il donc ? Soudain la lumière se fit. Kirgan ! Il passait le plus clair de son temps avec lui. Aussi sec, je partis en direction de la masure du vieil ermite. La pluie commençait à tomber. Une douce mélopée s'ensuivit. Un concert que je n'avais pas le temps d'écouter à sa juste mesure. Les branches me fouettaient le visage, je trébuchais bon nombres de fois m'écorchant les mains et les genoux, déchirant mes habits. Mais rien ne pouvait ralentir mon désir de retrouver mon sang. Celui qui me restait, mon unique lien avec ce monde. Alors que la pluie battait son plein et que la portée de mon regard s'amenuisait, je parvins à distinguer une maison au milieu des bois. Je réfrénais ma foulée, instinct étrange ou pressentiment, et approchais furtivement sous le couvert de la forêt. Il y avait de la lumière qui filtrait au travers des rideaux d'argent et de la fumée noire s'élevait le long du conduit de la cheminée. Cette maison était occupée. Mon frère devait s'y trouver ! Pourtant je n'arrivais pas à me réjouir. Quelque chose, un frisson étrange me parcourais. Je secouais la tête devant mon scepticisme affligeant et marchais de nouveau en direction de la maisonnée. Alors que je me trouvais à quelques pas de la porte, une main ferme m'empoigna le col et me ceintura le visage. La panique s'empara de moi et je me débattis comme un damné, fouettant l'air inutilement. On m'entraînait dans les fourrés. Mais qu'est-ce qui se passe ?
« Cesses de te débattre Corbeau, ce n'est que moi. Kirgan ! Il relâcha son étreinte. Il était sur ses gardes. Ses yeux azuréens étaient alertes et dur. Tu n'es pas en sécurité ici. Il sait que c'est là ta destination.
- Mais pourquoi fait-il cela ? Et mon frère..!
- Moins fort. Il scruta les environs, tenant fermement son bâton ou son sceptre, je n'arrivais pas à les différencier de toute manière, entre ses mains. Pour ce qui est de ton frère, il n'est plus ici. Je l'ai emmené dans un lieu sûr et tu le rejoindras sous peu. Pour répondre à ton autre question, son visage s'emplit d'une profonde tristesse, j'imagine que c'est l'argent le principal instigateur.
- L'argent ? Berin nous aurais donc vendu ? C'est insensé !
- Je n'en ai aucune idée Corbeau. Toi et ton frère n'imaginez pas à quel point vous êtes important, Berin, lui, le sait.
- Important ? Je ne comprenais plus rien. Comment pouvions-nous être important. Personne ne voulait de moi, ma famille elle-même m'avait rejettée.
- C'est plus compliqué qu'il n'y paraît mon enfant. Un bruit attira son attention. D'un geste ample du bras, il s'interposa entre moi et le potentiel danger. Quand je te le dirais, tu courras loin d'ici tu m'as bien compris.
- Mais et vous ?
- Ne te soucies pas de moi Corbeau. Ta vie importe bien plus que la mienne.
- Non je...
- Fais ce que je te dis ! Son ton indiquait clairement que je n'avais d'autres choix que de suivre ses directives. »
Un éclair pourfendit le ciel alors que jaillissait des bois un ange aux ailes majestueuses. Il se posa à quelques mètres de Kirgan et moi, dardant un oeil empli d'amusement sur le tableau qui se présentait à lui. Sa cuirasse immaculée semblait émettre un halo de lumière. Elle était recouverte d'une constellation de poussière d'étoile, de gouttes miroitantes. Je n'arrivais pas à m'arracher à la contemplation de cet être si empli de grâce. Je l'avais déjà vu. Son visage m'était familier.
« Ne te méprends pas Corbeau. Il a beau revêtir ses plus beaux atours et nous présenter ses ailes majestueuses, il n'en reste pas moins un homme cupide et dénué de sensiblerie. Cet homme n'a plus rien à voir avec l'homme que tu as connu.
- Berin...soufflais-je, abasourdi.
- Qui te dit que je n'ai jamais été ainsi Kirgan ? Sans doute étais-tu trop aveuglé, mon vieil ami, pour accepter la criante vérité. Le ton de Berin avait lui aussi changé. Sarcastique, mystérieux, impersonnel. Il y avait quelque chose d'effrayant à le voir ainsi.
- Je te connais Berin, depuis bien longtemps. Est-ce vraiment l'argent qui t'as corrompus ou quelqu'un ? Berin se figea. Tu sais quelle importance reflète ces enfants. Mais ce n'est pas de leur faute.
- Tais-toi...
- Ils n'y sont pour rien...
- La ferme ! "
Berin se jeta d'un bond sur Kirgan. L'acier glacé heurta de plein fouet le bâton du magicien dans une gerbe d'étincelles. Comment pouvait-il encore tenir debout, je n'en avais aucune idée, toujours est-il que Berin redoubla d'effort. Je reculais à mesure que Kirgan se protégeait. La fureur de ce raz-de-marée qui se déferlait à n'en plus finir me pétrifiait. Que s'est-il donc passé pour que Berin soit aussi bouleversé ? Aussi empli de haine à mon encontre...Moi qui l'estimais. Ma famille, mon appartenance, était-ce là la clé du mystère ? Je maudissais ce nom qui ne m'apportait que des problèmes. Je vis Kirgan éviter un autre coup meurtrier de Berin. Aussitôt le mage empoigna son bâton d'une main, le tenant à la verticale devant lui. Son autre main sortit un grimoire des pans de sa robe. Je vis ses lèvres remuer sans en saisir le moindre mots. Des braises s'enflammèrent entre la reliure de son grimoire, formant une boule de feu de la taille d'une tête. L'humidité ambiante n'arrivait en rien à altérer la chaleur qui se dégageait de ce sortilège. Alors que Berin fit volte-face, pour se jeter sur Kirgan, ce dernier dirigea d'une main habile le projectile enflammé dans sa direction. Une traîne de feu s'étira sur tout le parcours, brûlant la moindre parcelle d'herbe et de mousse. Je voulus me protéger derrière le tronc d'un arbre mais je n'avais pas été assez prompt à réagir. L'explosion se fit ressentir, comme un tremblement de terre. Je vis Berin reculer de quelques mètres sous la violence de l'impact. Comment pouvait-il être encore debout après ça ? Sa cuirasse, si éblouissante était à présent, rougeoyante. Une marque de brûlûre lui dévorait toute la joue gauche et pourtant il semblait ne ressentir aucune douleur. Je ne pouvais plus bouger, pétrifé que j'étais devant ce spectacle, à la fois fascinant et tellement terrifiant. Berin se mit à hurler et redoubla d'adresse et de vigueur. Il se jeta une nouvelle fois sur Kirgan, ses deux lames virevoltaient avec agilité. Je n'arrivais presque pas à les distinguer. Un coup circulaire fit vaciller la défense de Kirgan. Berin emporté par l'élan de son bras, enfonça sa lame intentionnellement dans le sol, puis se servant du pommeau comme appui, il pivota et envoya le talon de sa bottine tester la résistance de la mâchoire du vieil homme. Un bruit sourd de craquement retentit avant qu'une gerbe de sang écarlate ne s'évanouisse dans la pluie battante. Quelle célérité ! Je le voyais si vieux, si famélique mais en réalité il était un bretteur hors-pair et son âge avancé n'avait rien à voir là-dedans. Kirgan, chancela un instant et Berin en profita pour continuer son mouvement. Son autre main s'approchait dangereusement de la gorge du magicien. Je devais faire quelque chose où Kirgan allait se faire tuer ! Mais que pouvais-je bien faire du haut de mes quatorze printemps. Je crois que j'ai dû crier mais cela ne changea rien. Mon regard horrifié, ne put empêcher la lame d'acier de s'enfoncer loin dans la gorge de ce pauvre homme. Je n'avais pas vraiment l'impression d'habiter ce corps qui ne me répondait plus. J'étais ailleurs. Le temps semblait s'être allonger. Les minutes étaient des heures. Les heures des années. Je contemplais l'acier trempé de gouttes écarlates, suintant la mort et le sang. Je contemplais de très loin, le corps sans vie de Kirgan, s'affaler sur les genoux, avant de tomber lourdement sur le sol, tête la première. J'étais trempé. Mes cheveux se collaient sur mon visage, tout comme la plupart de mes habits. J'aurais très bien pu m'enfuir mais même cette réflexion me paraissait désuète. Voilà que je me résignais à mon sort, une nouvelle fois. Je n'avais pas la force nécessaire pour me battre. Pas quand le visage de Berin se tourna vers moi, cette lueur de haine au fond de ses prunelles. Il s'avança d'un pas lourd. Ca y est la peur s'était envolée. Je n'éprouvais plus rien. Est-ce la folie qui me gagne ?
" Nulle folie ne pousse un homme à se battre lorsque son destin est scellé. Tu as au moins le mérite de le reconnaître. Il se tenait devant moi, le visage impassible. Qu'allait-il advenir de moi ? Je ne vais pas te tuer. Tu as de la chance, ta vie vaut bien plus que ta mort. Je perçus un mouvement dans les fourrés. Subtil. Berin m'empoigna par le col. Il est temps de rentrer. "
Il déploya ses ailes majestueuses. Comment cet homme, si magnifique, pouvait-il cacher un coeur empli de noirceur. J'eus ma réponse lorsqu'il m'asséna un violent coup de coude au visage. J'en étais la cause, je n'en doutais plus à présent. La douleur eût pour effet de me réveiller. Je sentais le goût cuivré du sang dans ma bouche. Sans délicatesse, je crachais ce surplus d'hémoglobine. Je captais un nouveau tressaillement dans les buissons alors que Berin s'arc-boutait pour s'envoler. Quelque chose m'électrisa, comme un frisson glacé. Je sentais les poils de mon corps se hérisser. Lentement je levais la tête vers Berin. Il avait le visage décomposé. Un flash terrible me projeta en arrière. Je roulais sur une bonne dizaine de mètres avant de heurter la base d'un grand pin. Les ténèbres commençaient à dévorer les contours de ma vision. Que venait-il de se passer ? Je me relevais péniblement, m'adossant à l'arbre. Berin, était inconscient. Lui aussi avait été projeté par cet éclair foudroyant. C'était ça. Un éclair. La marque fumante était encore inscrite à même le sol. Un éclair...Le doute et la perplexité s'emparèrent de mon esprit. Comment un éclair pouvait-il parvenir à tomber sur un homme aussi habilement. Mon visage s'éclaircit lorsque j'aperçus la silhouette d'un homme se découper dans la pluie et l'obscurité. Kirgan !
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MessagePosté le: Mar 28 Juil - 21:56 (2009)    Sujet du message: [Histoire]Corbeau Répondre en citant

Il s'avança vers moi, le visage toujours aussi sombre malgré son coup de génie que je ne comprenais toujours pas. Mon regard se perdit dans la forêt à la recherche du corps sans vie du mage mais il n'y avait plus rien:
« Un tour de passe-passe. Il me fit un clin d'oeil et pour la première fois depuis notre retrouvaille, j'eus droit à un sourire. J'étais si soulagé que les larmes me gagnaient. Je sais c'est pitoyable mais c'est la vérité. Subir cet affrontement dont j'étais la cause m'avait véritablement bouleversé. Je sentais mes jambes fléchir, j'étais au bord de l'évanouissement. Kirgan me rattrapa à temps. Allons secoues-toi Corbeau. Ce n'est pas le moment de flancher.
- Pardonnez-moi...Je me raccrochais tant bien que mal à sa longue tunique.
- Il va se réveiller d'un instant à l'autre. Son regard était plongé dans le mien. Ecoutes-moi attentivement. Suis cette direction sur deux kilomètres, lorsque tu sortiras de la forêt continues à l'Est, tu y trouveras une rivière, traverses le gué et continues toujours vers l'Est. Tu trouveras une ferme abandonnée. A l'intérieur j'y ai déposé tout ce dont tu auras besoin pour retrouver ton frère. Est-ce que tu m'as bien compris Corbeau ? Je hochais la tête imperceptiblement. Le chemin ne s'avérait pas compliqué.
- Pourquoi ne me dites-vous pas simplement où le retrouver ?
- Parce que ton esprit est un bien trop instable Corbeau. Tes pensées s'évadent comme les lucioles d'une lanterne. Sans le vouloir tu pourrais te trahir et te condamner, toi et ton frère à un sombre avenir. Je m'en voulais, en cet instant, d'être aussi peu qualifié. Ne t'inquiètes pas tout ira bien. J'ai confiance en toi. Tu as énormément de qualités Corbeau quoique tu en penses. Maintenant, va. Je regardais Berin du coin de l'oeil. Il commençait à remuer. Va-t-en !
- Oui. Je fis quelques pas incertains en arrière. Et si ça tourne mal ?
- Ai foi en toi Corbeau. »
Facile à dire. Je devais laisser tomber ma vie et m'enfuir je ne sais où pour récupérer des affaires inconnues qui me méneraient à mon frère. Cela faisait beaucoup d'incertitudes. Je vis le regard de Kirgan se durcir. Je lui fis un vague signe de main. Il ne me répondit pas trop affairé qu'il était face à un Berin décontenancé mais toujours aussi furieux. J'inspirais un grand coup devant la vaste étendue boisée que j'avais sous les yeux. Tout droit Corbeau. Je me mis à courir sans me retourner. Le bruit du combat était si intense qu'il palpitait à même ma poitrine. Cette douleur qui me tiraillait m'envahissait. Je ne voulais pas que ces deux hommes s'entretuent car je les respectais. Mon coeur me faisait souffrir atrocement et entendre leurs cris ne faisait qu'ajouter à ma peine déjà si grande. Je plaquais mes mains sur mes oreilles, le temps de m'éloigner. La pluie n'avait pas cessée, l'orage grondait, la bruine qui s'évaporait du sol rendait encore plus ardue la tâche qui m'était incombée. Mes pieds s'enfonçaient dans la terre molle et je dus m'y reprendre à plusieurs fois afin d'éviter une chute probable. Je n'arrêtais pas de ressasser ce qui venait de se passer. Pourquoi Berin nous avait-il vendus ? Quelle était la cause de sa haine envers nous ? Nos origines ? Est-ce que nous devions payer pour les fautes de nos pairs ? J'en éprouvais une colère étrange, un ressentiment amère envers mon ancienne famille qui m'avait renié. Je continuais de courir, inlassablement. Mon front perlait de sueur et d'eau, mes habits me collaient à la peau. Etait-ce encore loin ? J'ôtais doucement les mains de mes oreilles. Je n'entendais plus que le léger clapotis des gouttes sur les arbres. J'étais hors de danger, pour l'instant. Je repris mon souffle, marchant à mon rythme dans cette immense forêt. J'épiais du coin de l'oeil, le moindre fourrés, buissons, arbres qui pourraient s'avérer une cachette suffisante pour les prédateurs. Je crois avoir marché une bonne vingtaine de minutes, lorsque j'entendis un bruit d'animal que je connaissais bien. Un croassement. Plusieurs à vrai dire, une multitude. Je levais les yeux au ciel, m'abritant de la paume de la main. Je ne distinguais rien, les cimes des arbres réduisant considérablement ma visibilité. Je les savais présent, rien de plus. J'en éprouvais un certain réconfort. Quelle idée !
Je me mis à trotter un peu, la lourdeur de mes jambes trahissant une fatigue qui n'allait pas tarder à se faire ressentir. Je devais sortir de cette forêt sans quoi, je finirais par me perdre, inévitablement. J'étais perdu dans mes pensées lorsque je sentis sur ma droite, un léger froissement. Puis sur ma gauche, le même son. Derrière moi également. Je m'arrêtais net cherchant la source de mon angoisse. Des silhouettes se découpaient. Trois, quatre, six. Des billes brunes luisaient dans la pénombre et des grognements sourds se faisaient désormais entendre. Des loups. Je venais d'être encerclé par une meute de loups. Aussitôt mon esprit paniqué chercha le moyen de se sortir de ce guêpier. Les arbres ! Il faut que je grimpe à un arbre. Il n'y en avait aucun qui m'assurerait une prise confortable. Je ne pouvais pas mourir ici, ni comme ça. Alors que je cherchais désespérément un moyen de m'enfuir, deux loups se jetèrent sur moi à une vitesse folle. Mon instinct de survie m'indiqua de me jeter sur le côté, ce que je fis sans hésiter. La mâchoire claqua violemment devant moi. La deuxième se referma sur mon mollet droit. La douleur cinglante remonta jusqu'à mon cerveau en un rien de temps. La seule réponse que je donnais fut un cri bref. Il était en train de me déchiqueter la jambe et plus dangereux encore, de m'immobiliser. Mes poings se fermèrent d'eux-mêmes et vinrent frapper la tête de l'animal avec une violence rare. Il me fallut trois coup bien fournis pour le faire relâcher son étreinte. Ma jambe me lançait atrocement. Le premier charga de nouveau et m'attrapa l'avant-bras d'un coup sec. Il faillit me faire perdre l'équilibre. Sans réfléchir je frappais l'oeil de l'animal enragé. Il émit un couinement avant de partir, la queue entre les pattes, secouant sa tête vivement. J'avais le bras gauche en sang, la jambe droite également. Ce n'était que des blessures superficielles malgré la profondeur des entailles, je le savais. Mais bon sang qu'elles faisaient mal ! Je me tenais sur ma défensive, tournant au fur et à mesure que je voyais un loup approcher. Ce que je redoutais finit par arriver. Ils chargèrent tous ensemble. J'en dénombrais cinq, le sixième étant celui que j'étais parvenu à blesser. L'affrontement était déloyal, mais c'était la loi de la Nature. Seul les plus forts survivent. Je ne faisais pas partie de ceux-là. Ils fondaient sur moi sans que je ne puisse plus rien y faire. Les paroles de Berin résonnèrent de nouveau dans mon esprit troublé par la souffrance: « Nulle folie ne pousse un homme à se battre lorsque son destin est scellé.» Avait-il raison ? Alors que je voyais chaque pelage, chaque dents acérées se précipiter sur moi, je maudissais ce destin contre lequel je n'avais pas de prise:
« Vous ne m'aurez pas ! Je suis un ange de miséricorde ! »
Les mots étaient sortis d'eux-mêmes dans un cri puissant. Le cri du désespoir, la volonté de vivre. J'envoyais mon pied valide dans la mâchoire du premier loup à ma hauteur. Le craquement lourd fut assez représentatif de la force déployée. J'enlaçais de mon bras le cou d'un deuxième, l'obligeant à se débattre, à repousser ses congénères. On me lacéra le dos, mais je tenais bon. Dans un cri bestial, je lâchais toute ma fureur, ma rage, ma folie. Je pleurais, dans une dernière supplique adressée à Notre Père. Le cou du loup fut rompue. Je tombais à genoux, essoufflé, abattu. Une gueule béante se jeta sur moi. C'est alors que l'impensable se produisit. Un nuage noir m'enveloppa. Une nuée de corbeaux descendirent au travers des branchages et s'attaquèrent aux loups. Ils usaient de leurs griffes, de leur bec puissant. Leur croassement était si puissant qu'il en était assourdissant. Et moi je me tenais au centre de ce tourbillon de plumes obscures. De ce ballet mortuaire si emprunt de beauté. Je les contemplais avec des yeux ronds, soulagé de voir que je n'étais pas fou. Des corbeaux venaient de me prêter main forte. Avais-je mérité mon nom ? A présent je n'en doutais plus.
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MessagePosté le: Dim 30 Aoû - 02:02 (2009)    Sujet du message: [Histoire]Corbeau Répondre en citant

V 
Le destin est une chose complexe. Certains le considèrent comme une simple suite de coïncidences, d'autres y voient plus un message du panthéon de nos divinités et d'autres encore nagent dans une certaine perplexité. J'avoue faire partie de cette troisième catégorie. Je crois au destin sans vraiment y croire. Pour moi chaque acte à son pendant, sa conséquence. Je crois plus en la causalité que véritablement à la destinée. Cause et effet. Je veux avoir la certitude que mes choix m'appartiennent. Le libre arbitre. Ce qui rend chaque personne unique. Je ne peux imaginer, ni même concevoir, que tout ce que j'ai établi jusqu'ici était le fruit d'une destinée qui m'échappait complètement. Que mes décisions aient pu être influencées par une instance supérieure. Parce que si tel devait être le cas, alors je ne serais qu'une marionnette parmi tant d'autres et je ne pourrais l'accepter. Je ne veux plus être retenu par aucun fil. Je suis libre. Libre d'être.
 
* * 
* 
 
  

Les ombres peu à peu se dissipèrent. Mes paupières étaient toujours aussi lourdes mais je parvins néanmoins à les ouvrir. La clarté soudaine m'éblouit. J'étais étendu sur le dos, les bras en croix. Je scrutais le ciel. Le jour filtrait au travers de l'épais branchage de la forêt. J'étais donc bien vivant. Je me relevais doucement, faisant l'inventaire de mon corps. J'avais une vilaine morsure à l'avant-bras et une autre au mollet. Le sang ne coulait plus, une bonne chose. J'examinais plus avant mes blessures, par chance, elles n'étaient pas infectées. J'avais également le dos en feu. Je n'osais pas le tâter de peur de raviver cette douleur déjà bien présente. Je pris un temps pour contempler mon environnement. Il y avait deux loups étaler au sol, leur cadavre était la proie de mes compagnons. Je n'aurais su dire par quel miracle cette meute de corbeaux avaient répondus à mon appel. Pour tout dire je ne cherchais aucunes explications rationnelles car il n'y en avaient aucunes à formuler.
J'étais désorienté, je n'arrivais pas à me repérer. La pluie avait effacée toutes traces. C'était bien ma veine. Quelque chose s'imbriqua dans mon esprit. Une image assez floue. Il y avait l'orée de la forêt, le bruit d'une rivière, des cris que je ne distinguais que vaguement. L'image s'arrachait à mon emprise désuète. Je remontais le cours d'eau rapidement, traversait la forêt et vis une silhouette. Un jeune garçon. Lorsque je repris mes esprits, j'étais toujours au même endroit. Un corbeau vint se poser juste devant moi. Il me fixa longuement avant de rejoindre ses congénères pour le déjeuner. Cette vision, aussi étrange fût-elle, me donnait une direction, une marche à suivre. Je me mis en route.
Je dus marcher une bonne vingtaine de minutes lorsque les bois commençèrent à désépaissir. Je me mis à courir. La lumière était plus vive, plus douce, plus chaude. Quelle ne fût pas mon contentement lorsque je déboulais sur une grande plaine verdoyante. Le bruit mélodieux de l'eau me fit tourner la tête. La rivière se trouvait à quelques mètres de moi. Un large sourire vint se dessiner sur mon visage. Je courus dans sa direction et y plongeais mon visage aussi sec. Que c'était agréable ! Je bus de tout mon saôul avant de me faire un brin de toilette bien mérité. J'ôtais mes vêtements et plongeais dans l'eau glacée de la rivière. J'avais pied et l'eau m'arrivait jusqu'au torse. J'en profitais pour nettoyer mes plaies qui me brûlaient atrocement mais ce petit instant de bonheur ne pouvait souffrir d'aucun désagrément. Alors que je me lavais les cheveux, deux silhouettes se distinguèrent à la surface de l'eau. Elles flottaient, suivant l'onde calme et onctueuse de la rivière. Je n'arrivais plus à bouger, essayant de déterminer la nature de cet élément qui venait perturber ma toilette d'infortune. Ce n'est que lorsqu'elles passèrent près de moi que je sentis mon estomac se retourner. Je reconnus aussitôt les deux créatures à leur longs bras chétifs, leur teint halé et leurs grandes oreilles. Des Kobolds. Du moins, leur cadavre. Il n'y avait aucune trace de lutte, pas de sang, rien de tout cela. Ils se seraient donc noyés ? Je les savais stupides mais pas à ce point. Ils défilèrent sous mon regard intrigué avant de s'échouer à quelque mètres en aval de la rivière, là où le gué se resserrait, et l'eau se tarissait. Il était temps pour moi de reprendre ma route. Le danger était encore beaucoup trop présent pour se la couler douce.
Je traversais la rivière et m'habillais prestemment. Devant moi s'étalait une plaine à n'en plus finir. Au loin s'élevait des montagnes rocheuses, leur cime défiant l'autorité suprême du ciel. Au nord-est de ma position, il y avait un chemin en terre battue qui donnait sur le gué. Il continuait sa course loin à l'est avant de disparaître derrière une colline. Je me rappelais les paroles de Kirgan. Je devais poursuivre ma route à l'est. Je me mis en marche. Il faisait très chaud et je commençais à ressentir les prémices de la faim. Je n'avais aucune idée de comment me nourrir et ce n'était pas la faune environnante qui allait me sustenter. Je n'avais croisé jusque alors que des lapins et autres rongeurs. Rien de très nutritif. Le chemin traversait l'étendue verdoyante. De part et d'autre de ce dernier, se trouvait des enclos abandonnées qui me laissaient présager le pire. J'étais sur mes gardes. Si les Kobolds étaient dans le coin, je ne donnais pas cher de ma peau. C'est alors que je parvins à hauteur d'une sorte de grange délabrée. Probablement la ferme dont m'avait parlé Kirgan quelques heures plus tôt. Avançant avec précaution, je me plaquais contre la porte entrouverte. Je jetais un oeil indiscret à l'intérieur. De la paille, des enclos à chevaux et rien d'autre. Je haussais un sourcil devant l'incompréhension et le doute qui s'emparaient de moi. Etait-ce l'endroit désigné par le magicien ? Ne sentant pas la présence d'un danger quelconque je me faufilais à l'intérieur d'un pas feutré. Une odeur rance, aigre, de pourriture imprégnait l'endroit. J'en avais la nausée. Aussitôt je me mis à la recherche de ce dont j'avais besoin pour retrouver la trace de mon frère. Je n'avais aucune idée de ce que je cherchais. Je fouillais chaque recoin de l'étable minutieusement. Je retournais le foin dans chaque box. Je perdais peu à peu patience lorsque soudain je finis par découvrir quelque chose. Ce que j'avais sous les yeux me fit frémir et reculer subitement. La bile me monta dans la gorge et je dus vomir pour me sentir mieux. Je passais une main sur mes lèvres pour essuyer le surplus de ma soudaine régurgitation. Se trouvait sous mon regard horrifié plusieurs cadavres en décomposition. A un stade pour le moins avancé au vu de la pourriture et de l'odeur acide qui en émanaient. Très certainement les personnes qui devaient loger dans le coin. Je maudis Kirgan et son goût déplacé pour les jeux de pistes. Saleté de magicien ! Je frissonnais à l'idée de devoir fouiller les cadavres. Impossible que le mage m'ait envoyé ici pour ça ! Je ne peux pas...Je plaquais une main sur ma bouche et mon nez, l'odeur était insupportable. J'allais ressortir, bredouille et découragé lorsque mes yeux s'attardèrent sur un petit reflet étrange dans le coin de la grange. La curiosité l'emporta. Un coffret. Je m'en emparais et sortis prestemment.
Je pris une profonde inspiration une fois dehors mais il n'y avait rien à faire, c'est comme si l'odeur s'était imprégnée en moi. Je n'aurais plus qu'à retourner à la rivière. Je me mis à l'ombre de la grange, déposais sur le sol le coffret et entrepris de l'ouvrir. Il n'y avait aucun système de verrou. J'avais beau chercher, il n'y avait rien, pas même une serrure ou un quelconque cadenas. Etrange. Je posais les mains sur le couvercle et le tirais en arrière. A ma grande surprise, il se bascula facilement. Mais à cet instant précis je perçus un mouvement dans mon dos. Je n'étais pas seul.
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MessagePosté le: Lun 31 Aoû - 13:13 (2009)    Sujet du message: [Histoire]Corbeau Répondre en citant

Je reçus un violent coup sur le sommet du crâne qui me projeta en avant contre le mur en bois de l'étable. Je poussais un grognement sourd de colère et de douleur, me retournant vivement pour affronter mon assaillant Kobold à n'en pas douter. Deuxième surprise de la journée, je devrais dire troisième avec les cadavres précédents -décidément cette journée n'allait pas être comme les autres-, ce n'était pas une crétaure mais bien une humaine, une jeune fille. Elle avait les cheveux détachés qui lui donnaient un air de folle ahurie. Mais je lus dans son regard la peur qui la tenaillait. Elle s'attaqua de nouveau à moi. Son arme, un vulgaire bâton, vint frapper la moulure du bois. J'esquivais une autre frappe. Alors qu'elle levait une énième fois son arme de fortune, j'en profitais pour réduire son champ d'action en me jetant sur elle. Elle abaissa les bras et je réussis à les bloquer avant de la faire trébucher sur le sol. Je me tenais sur elle, à califourchon, la contraignant à s'étrangler avec son bâton:
« Calmes toi voyons, je ne te veux aucun mal ! lui criais-je. Elle ne me répondit pas, trop occupée qu'elle était à se débattre furieusement. Ecoutes-moi ! lui lançais-je plus férocement. Je parvins à capter son attention. Je vais me relever et te laisser tranquille alors ne tentes rien de stupide veux-tu ? Je me voulais à la fois rassurant mais aussi maître de la situation. Il n'était pas question de me reprendre un autre coup en traître. Celui-ci avait déjà fait suffisamment mal. Elle hocha la tête péniblement. Je me relevais, les mains en l'air. La jeune fille se recula sur les coudes avant de se relever, son bâton fermement entre les mains.
- Qui es-tu ? me lança-t-elle de but en blanc.
- Ca n'a pas d'importance, ce qui compte vraiment, c'est pourquoi je suis ici.
- Et pourquoi es-tu ici ?
- Pour ça. Je lui montrais le coffret juste derrière son épaule.
- Ce coffret ?! Je n'ai jamais réussi à l'ouvrir, inutile d'essayer.
- Tu n'es pas très douée alors. Elle n'aima pas ma remarque et se renfrogna aussitôt. Les filles sont si susceptibles.
- Tu veux un autre coup de bâton sur le crâne peut-être. Je sentais poindre le sarcasme derrière son joli minois. Elle devait avoir dans mes âges, peut-être un peu plus jeune.
- Vu la façon que tu as de te tenir ton arme, ça ne risque pas d'arriver une nouvelle fois. Mes lèvres se fendirent d'un sourire en coin pour le moins arrogant. Elle se renfrogna de plus belle mais lorsqu'elle prit la parole, elle était plus calme que je ne l'aurais cru.
- Tu es parvenu à ouvrir le coffret ?
- Effectivement. Elle jeta un oeil pardessus son épaule avant de me regarder à nouveau. Elle me détailla longuement. J'en éprouvais une sorte de gêne. Je n'aimais pas que l'on me regarde aussi ostensiblement. Qu'y a-t-il ?
- Rien. Une impression de déjà vu.
- Quoi ?
- Ton visage. Il me semble familier. Je haussais les épaules.
- Impossible, je ne t'ai jamais...Une idée saugrenue et improbable me traversa l'esprit. A moins que tu n'ais croisée mon frère. Nous sommes jumeaux. Il a les cheveux un peu plus long, porte une robe ou une toge...
- J'ai bien vu quelqu'un qui correspondrait à cette description il y a de cela une heure ou deux. Un espoir soudain me frappa de plein fouet. Je m'avançais vers la jeune fille. Elle parut surprise.
- Où est-il ?
- Aucune idée...
- Comment ça " aucune idée " ! Ne m'as-tu pas dit que tu l'avais vu ?
- J'ai dit que je pensais avoir vu quelqu'un de ressemblant. Je la pressais de m'en dire davantage. Elle était désemparée devant mon emportement. Il y avait ce garçon qui m'a sauvée des griffes de deux Kobolds, sans lui je ne serais sans doute pas là à te parler. Mais...Voilà donc l'explication de la mort des deux créatures que je venais de croiser.
- Mais quoi...la pressais-je.
- Je me suis enfuie avant qu'il ne revienne. Elle baissa les yeux l'espace d'un instant, confuse et très certainement honteuse de son propre comportement.
- Bon sang ! Il faut que je le retrouve !
- Mais si ça se trouves ce n'est même pas lui. Ton frère.
- Ce coffret m'apportera les réponses nécessaires. Je bousculais la jeune fille sans préambule et me précipitais vers le coffre en métal.
- Tu es borné ou simplement stupide ! Les chances sont minimes pour que ce garçon soit ton frère, pourquoi perdre ton temps à essayer de retrouver la trace de quelqu'un qui n'est même pas sur d'être celui que tu recherches.
- Parce que c'est mon frère ! Et aussi minime soit cette chance je préfères la saisir, point. La discussion était close. J'ouvrais de nouveau le coffret. La jeune fille se tenait au-dessus de moi, ce qui m'irritait au plus haut point mais j'avais d'autres chats à fouetter que de m'en préoccuper. Il y avait une ceinture avec une épée courte, une bourse en cuir et un livre à la couverture sombre. Qu'est-ce que ça signifie...C'est tout ? Je cherchais au fond du coffret quelque chose qui pouvait m'indiquer la marche à suivre mais il n'y avait rien d'autre.
- Apparemment ce coffre n'a pas l'air très fourni, me lança l'espiègle.
- Il m'a dit que...Il me l'a dit !
- Qui ça ? J'ouvrais la bourse et en vidais le contenu sur le sol. Il y avait là une bonne centaine de kinas et une chevallière au sceau étrange en forme de lotus. Je ne comprenais plus rien. Décidément ce Kirgan avait le don de m'énerver. Hého je t'ai posée une question ? Et cette fille aussi.
- Ce ne sont pas tes oignons ! Je rangeais la bourse, de nouveau remplie, dans la poche de mon pantalon avant de ceindre l'épée à mon flanc. Je pris le livre entre mes mains, il était mon dernier espoir. Je fermais les yeux et l'ouvris. Qu'est-ce que...Les pages étaient toutes vierges. Il n'y avait rien dans ce livre. Strictement rien.
- Je crois que tu t'ais fais avoir si tu veux mon avis.
- La ferme !
- Hey ! Ne me parles pas sur ce ton, elle m'enfonça son bâton entre les côtes, j'y suis pour rien moi ! Je le savais mais j'avais besoin de passer mes nerfs sur quelque chose de concret et je n'avais rien sous la main. Montres-moi ce livre. Je n'avais rien à perdre à lui refiler. Je le lui jetais nonchalamment. Elle me jeta un regard noir avant de l'examiner avec attention. Il y a une inscription sur la couverture. Elle n'est pas lisible mais lorsque l'on y passe la main on peut y sentir les nervures. Elle me prit la main aussi soudainement que tout ce qu'elle faisait. Elle avait la peau douce et froide. Un léger frisson me parcourut l'échine. Un frisson que je connaissais pour ne l'avoir éprouver qu'auprès d'une autre fille. Roselyne. Je sentais poindre l'amertume de l'avoir laissé sans aucune explication. Je m'en voulais, mais peut-être était-ce mieux ainsi. Et dire que la veille j'avais partagé un si bon moment avec elle. La vie est parfois si brutale. Tu le sens ? Oui je le sentais parfaitement à présent.
- Tu sais ce que ça dit ?
- Tiens tu veux mon aide à présent.
- S'il te plaît. Le ton de ma voix indiquait clairement mon désespoir face à cette situation rocambolesque.
- Mouais. Elle me jaugea un instant mais son envie d'en savoir plus dut la pousser à accepter. Attends. Alors il est dit que " La vitae de l'Omniscient, de la connaissance sera la clé. De la pureté de la lumière découlera le sens de la Lignée. "
- Et en clair ? Elle se tourna de nouveau vers moi et pour la première fois je la vis véritablement sincère.
- Je n'en ai aucune idée...»
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MessagePosté le: Ven 4 Sep - 00:09 (2009)    Sujet du message: [Histoire]Corbeau Répondre en citant

  Aucune idée. Je détestais la tournure que prenait les évènements. Je récupérais mon livre aussi sec et le glissais dans la ceinture de mon arme. Je pris également la bourse et la fourrais dans mon pourpoint. Sans un regard à la jeune fille je me mis de nouveau en route, sans vraiment savoir dans quelle direction j'allais.
« Hey ! Où vas-tu comme ça, me lança la fillette. Je ne m'arrêtais pas pour autant. Attends moi !
- Je n'ai pas besoin que tu me suives.
- Tu vas me laisser ici ? Je sentais poindre une certaine inquiétude dans le ton de sa voix.
- Tu es libre de faire ce que bon te semble. Je vais de mon côté, toi, du tien. Je marchais en direction du nord. La clarté du ciel était aveuglante. On aurait dit un lac à la surface lisse.
- Alors je t'accompagnes. Je soupirais.
- Tu n'as rien de mieux à faire.
- Je vois que la gratitude et toi ça fait deux.
- Quoi ?
- Laisse tomber, je t'accompagnes, un point c'est tout. Je m'arrêtais et l'attrappais par le bras.
- Ce n'est pas une promenade de santé, je n'ai nul besoin d'un fardeau...d'une entrave entre mes pattes. Je me voulais intentionnellement rude afin qu'elle comprenne la gravité de ma situation, de mon périple. Elle me regardait, interdite. Je la relâchais et continuais ma route. C'était mieux ainsi. Elle s'en tirerait beaucoup mieux que moi. Je m'en voulais de la laisser ainsi. A croire que je ne savais faire que ça. Il n'y avait rien à des kilomètres à la ronde, à part de la verdure à perte de vue et ces immenses montagnes. J'essayais de me remémorer la carte de cette région que j'avais maintes et maintes fois vu à l'orphelinat. Je n'arrivais pas à revoir les détails. Je comprenais à présent la différence entre "avoir vu" et "avoir examiner".
- J'ai besoin de toi ! Ma marche fut stoppée. Je me retournais lentement . Je la voyais, immobile, le visage étrangement triste. J'éprouvais une certaine culpabilité à son égard, après tout elle n'avait fait que m'aider. Et puis elle me rappelait Roselyne. C'était sans doute l'explication de la distance que j'instaurais entre elle et moi. Dans un nouveau soupir, je lui indiquais de me rejoindre d'un geste du bras.
- Pourquoi as-tu besoin de moi ?
- Je veux rentrer chez moi. J'arquais un sourcil. J'avais la vague impression que son "chez elle" ne se trouvait pas vraiment dans le coin.
- Ce n'est pas dans le coin chez toi.
- Sanctum. Mes yeux s'étrécirent. C'était bien le dernier endroit où je désirais mettre mes pieds. Je crois qu'elle s'en rendit compte. Un souci ?
- Aucun...Mais dis-moi comment se fait-il que tu sois si loin de chez toi et surtout ici, seule. Elle baissa le regard un long moment.
- Tu veux bien m'aider à regagner le Sanctum ? Belle esquive. Elle me regardait avec des yeux larmoyants, comment y résister.
- Oui, dis-je vaguement. Mon regard se perdit dans la contemplation de la plaine. Et comment fait-on pour regagner une île flottante ?
- Poeta.
- Poeta ? On parle bien du même village ? Poeta était un village de fermiers situés à trente kilomètres à l'ouest de mon bourg natal. Nous y avions une route et un accès commercial. Je n'avais jamais entendu parler d'un quelconque moyen de gagner le Sanctum via ce village. La jeune fille regagna peu à peu de sa superbe.
- Oui, on parle du même village. Tu n'as jamais entendu parler des téléporteurs ?
- La magie et moi...
- C'est ce que j'ai cru remarquer me lança-t-elle tout sourire. Je lui rendais son sourire. Le Conseil du Sanctum à approvisionner la majorité des villes et des villages sous sa tutelle, par des téléporteurs, des magiciens et sorciers maniant l'Ether avec brio. Ils peuvent créer des liens entre différents points géographiques de notre monde et donc sauvegarder la majorité des habitants des dangers potentiels. Je hochais la tête en bon élève attentif. Poeta ne fait pas exception.
- D'accord. Donc si je suis ton raisonnement, il nous faut nous rendre là-bas. Tu as de la chance c'est la seule route que j'ai apprise par coeur.
- Tu y es déjà allé et tu ne connais pas l'existence des téléporteurs ? Elle fit une moue perplexe de circonstance.
- Je n'ai jamais dit que j'y avais mis les pieds.
- Mais...
- Sur des cartes. J'ai appris le chemin sur des cartes.
- Des cartes ?
- Tu veux rentrer chez toi ou pas ? Elle commençait à m'agacer avec son air supérieur. Aussitôt elle sentit que le vent ne soufflait plus dans son sens et se ravisa. Bien. Alors allons-y.
- Au fait...
- Quoi encore ?
- Je me nomme Kaylaa. La politesse était une chose qui me fuyait de plus en plus.
- Corbeau
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MessagePosté le: Dim 20 Sep - 13:54 (2009)    Sujet du message: [Histoire]Corbeau Répondre en citant

VI 

Le Sanctum. Une ville à l'image de son peuple. Pleine d'orgueil, de prétention mais tellement délicieuse à contempler que l'on en oublierait ses défauts. Je ne sais pas pourquoi elle m'a tant rebutée. Sans doute parce que j'avais peur d'y mettre les pieds, peur de découvrir qui j'étais au fond. Mon passé est lié à cette ville, mon présent, mon avenir, tout s'y trouve. J'ai fui pendant de trop longues années et chaque fois son nom m'inspirait bien des craintes. Je n'étais tout simplement pas prêt. Aujourd'hui je la contemple avec indifférence. L'émerveillement des premiers jours à laisser place à la lassitude. Cette ville est comme toutes les autres. Sa beauté ne fait que dissimuler le vice qui la ronge. J'y contribue d'une certaine manière. J'entretiens cette façade d'équilibre précaire tout en participant à son affaiblissement. Certains voudraient ma mort pour ces paroles, mais je ne fais que narrer ma propre vérité. Le Sanctum est le bastion d'Elysea et il reflète parfaitement tout les penchants de l'homme, de ses faiblesses à ses plus grandes qualités.
 
* * 
* 
  
Nous avions marchés trois jours et trois nuits. Je ne pensais pas être capable de supporter cette Kaylaa. Elle n'arrêtait pas de parler. Elle me contait sa vie, ses expériences, ses ratés, ses joies, ses peines. D'un côté, je l'enviais, car sa vie était remplie, pleine de surprise alors que la mienne...Je n'avais fait que acquiescer ces dires sans jamais m'y intéresser vraiment ni même chercher à la relancer. Au bout du troisième jour nous arrivâmes en vue de la ville d'Akarios. Nous nous étions éhontément trompés sur notre destination. Poeta n'était pas une ville, mais bien une région. Akarios était notre destination. La clarté de la carte que j'avais à l'esprit se fit de plus en plus précise à mesure que nous avancions dans cette direction. Je retrouvais peu à peu, tout les automatismes que je m'étais forgé à l'orphelinat en compagnie de mes nombreux maîtres.
Nous venions de franchir la délimitation du village. C'était un petit village d'une centaine d'habitants tout au plus. Ce qui me sautais aux yeux c'était l'importance de la garnison qui y résidait. Je ne voyais pas quel danger pouvait nécessiter pareil armada. Il devait y avoir environ une section entière, composée d'une cinquantaine de soldats. Même Kaylaa était surprise. Nous passâmes, sans solliciter la moindre attention. Je n'avais qu'une envie, dormir dans un bon lit, manger à ma faim et retrouver mon frère. Kaylaa dut lire dans mes pensées car elle m'indiqua une auberge, enfin ce qui s'en rapprochait le plus apparemment. Sans dire un mot, nous pénétrâmes à l'intérieur. Il y avait foule. C'était un petit endroit qui contenait quatre tables, toutes remplies - de gardes pour la plupart - et d'un comptoir où s'activaient un homme et deux femmes d'un âge mûr. Nous nous dirigeâmes vers ces derniers:

« Excusez-moi, dit faiblement Kaylaa. Nous voudrions prendre une chambre s'il vous en reste.
Aucune réaction. Ils étaient bien trop occupés à servir boisson, sur boisson. J'avais la certitude que c'était la première fois qu'ils devaient recevoir autant de monde.
Excusez-moi, dit-elle plus nerveusement.
Je continuais de regarder cette assemblée assez peu orthodoxe. J'essayais de capter quelques bribes de conversations.
- Franchement, qu'est-ce qu'on fout là tu veux bien me dire ?
- On se paye du bon temps voilà tout !
- Tu crois vraiment que ta mère va te laisser faire ?!
- Je n'ai qu'une chose à te dire: merde !
- Le Capitaine nous l'a fait savoir...
- Il nous faut nous réorganiser.
- Hein ?
- L'attaque a été annoncée, nous devons être prêts.
- Oui ce village est important pour sa liaison qu'il entretient avec Sanctum. Le laisser au main des Balaurs serait une énorme erreur de notre part.
- Tu crois ?! Mais enfin c'est ta mère !
- Et alors ?
- Et alors le Capitaine a été clair là-dessus. Nous devons tenir.
- Corbeau ?
- Et puis la Matrone, elle-même, commande cette opération.
- C'est pas rien si je te dis qu'il nous reste tout le champ à labourer.
- Corbeau ?!
- Mais c'est du suicide, nous ne sommes qu'une unité, comment tiendrons-nous si...
Je sentais le poids des regards des soldats que j'espionnais. Je baissais aussitôt la tête.
- Hého Corbeau ! T'es avec moi ?
Kaylaa.
- Excuse-moi, oui ?
- J'ai réussi à te dégotter une chambre m'avoua-t-elle le visage renfrognée.
- Quoi ?
- Tu le fais exprès ?
- Non c'est juste que...Tu ne comptes pas te reposer ?
- Bien sûr que si mais certainement pas dans ce bouge. Je veux rentrer au plus vite, je sais où se trouve les téléporteurs. J'y vais de ce pas.
Voilà une nouvelle de taille. A peine arrivée, la voilà qui repartait aussi sec. Je ne m'y étais pas vraiment préparé. Est-ce que la solitude commençait à me peser.
- Attends, combien je te dois pour la chambre.
Elle me regarda de haut en bas, un mince sourire sur les lèvres. De la pitié ?
- C'est pour moi.
- Hors de question ! Je paye toujours ce qui doit être payé. Je sortais ma bourse et la vidais sur le comptoir. Combien la chambre ?
Le tenancier, sous son regard broussailleux, me toisais d'un oeil torve.
- Désolé petit mais c'est pas avec ça que tu...
Il s'arrêta net. Sa main s'avança fébrilement vers la chevallière qui scintillait faiblement sur le bois vermoulu.
Par contre si tu me donnes cette magnifique bague alors j'acceptes de rembourser cette fille.
- Il n'en est pas question, s'indigna Kaylaa, je t'ai dis que ça allait, inutile de faire ton fier à bras.
Elle se pencha vers moi et me murmura à l'oreille.
Et puis cette bague ne fait-elle pas partie de l'héritage de ton frère ?
Elle avait raison, c'était la seule preuve concrète que j'avais pour le retrouver. Je ne comptais pas vraiment sur le livre.
- Prenez tout cet argent et rembourser la différence à...mon amie, dis-je faiblement. Je tiens à garder cette bague.
L'aubergiste me lorgna un long moment. Il avait un spasme nerveux au niveau de la lèvre qui l'obligea à s'humidifier la bouche. Il me rendit la bague à contre-coeur et empocha l'argent.
- Que tu es borné, imbécile. Je pris soigneusement la bague et la rangeais dans ma bourse, au demeurant vide.
- Je ne t'ai rien demandé.
- Je voulais juste...pour l'autre jour...Elle avait du mal à s'exprimer. Essayait-elle de me remercier de quelque chose ? Et puis zut, bonne chance à toi Corbeau. Nous nous reverrons dans une autre vie. Elle fit demi-tour et disparut dans l'embrasure de la porte. »


Je me retrouvais de nouveau seul. Toute cette agitation autour de moi ne me plaisait guère. D'autant plus que j'avais alerté quelques gardes très suspicieux à mon encontre. Sans perdre de temps, je montais à l'étage, trouvais ma chambre et m'y installais. C'était une pièce miteuse avec un lit, une table de chevet et une fenêtre sans rideau ni volet. Il règnait une odeur étrange à l'intérieur, une odeur de moisissure très désagréable. Je poussais un long soupir. Je n'allais pas faire la fine bouche. J'avais au moins un toit au-dessus de la tête. Je déposais ma bourse sur la table, près de mon livre puis entrepris d'aérer la pièce. J'avais vu sur la petite cour extérieure. D'autres hommes en armure s'appliquaient à allumer un feu. Je voyais sur le côté, les carcasses d'animaux, des sangliers pour la plupart et j'en avais l'eau à la bouche. Mes seuls repas depuis quelques jours n'étaient autres que des fruits ou quelques maigres rongeurs. Pas de quoi me sustenter pleinement. J'enviais à présent les pâtisseries de Al et Meg. Une certaine nostalgie m'envahit à leurs pensées. L'orphelinat me manquait bien plus que je n'aurais pu l'escompter. Et Roselyne. Que pouvait-elle bien faire ? S'inquiétait-elle de mon abscence si soudaine ou bien m'avait-elle oubliée ? Ma raison optais pour la deuxième solution bien que mon coeur désirait ardemment la première.
Je restais un long moment à les observer en contrebas. Ils mangeaient, riaient, s'invectivaient - dans une ambiance pour le moins masculine - tout en s'amusant. L'un d'eux me remarqua:

« Hey petit ! Tu veux te joindre à nous ? »


Je rentrais aussitôt la tête dans ma chambre. Et puis quoi encore. Mon ventre lui, n'apprécia pas ma manière de clore la discussion. Il était temps pour moi de chercher la quiétude du sommeil. J'étais certain de ne pas trouver une autre occasion de le faire. Je m'allongeais sur le dos, le regard rivé au plafond. Ma lame bien cachée sous l'oreiller, je me laissais aller au son des rires gras, de la nature environnante et du vent qui s'insinuait dans la chambre, lui redonnant un air vivifiant des plus agréable. Peu à peu la nuit s'insinua dans la pièce et le sommeil s'empara de mon être.
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MessagePosté le: Mar 29 Sep - 22:53 (2009)    Sujet du message: [Histoire]Corbeau Répondre en citant

La nuit était douce et agréable. Mon sommeil, profond. Je ne rêvais pas. Cependant, j'entendais tout ce qui m'entourait avec une certaine netteté. Le bois craquait autour de mon lit. Le feu crépitait faiblement dehors. Un oiseau vint se poser sur le rebord de la fenêtre. Les craquements de bois se turent. L'oiseau battait des ailes furieusement. Un chuchotement. Un croassement. Tout ce dont je me rappelais à mon réveil c'était cette main énorme qui se dirigeait vers mon visage et cette douleur derrière mon crâne. Dans ma surprise je m'étais cogné la tête contre le rebord du lit. Il y avait deux silhouettes devant moi. L'une était juste au-dessus de moi et tentait de m'immobiliser. L'autre chassait l'oiseau d'un revers de la main. Sans comprendre ma propre réaction, je me jetais sur le côté et tombais du lit. Mon corps avait réagit bien plus promptement que mon esprit brumeux:
« Merde ! Prends sa bourse et on se tire.
- Et le môme, il nous a vu.
- Bordel mais tu sais rien faire par toi-même, l'homme sortit sa lame au clair, tu me devras une centaine de kinas de plus. »


J'avais reconnu le premier homme. Le tenancier de l'auberge, le second par contre, aucune idée. Ce dernier s'avança vers moi d'un pas certain. Après tout je n'étais qu'un gamin, que pouvais-je bien faire. Mon regard se posa sur l'oreiller. Quelle idée de génie que de cacher ma lame aussi loin de mon bras. L'homme se positionna de manière à me couper toute retraite. L'aubergiste, pendant ce temps, récupérait ma bourse, avec la bague tant convoitée. Je le vis sourire dans la pénombre. Ce sourire vicieux et empli d'avarice. J'aurais voulu le lui faire ravaler mais j'avais autre chose à penser. L'homme bondit sur moi. J'écartais son bras avant d'esquiver sa lame en roulant sur le lit. Je voulus attraper mon épée mais dans mon calcul, j'avais omis le tenancier avare. Il m'enroula de ses bras velus. Je me débattais furieusement mais je n'arrivais pas à me défaire de son emprise. Je n'allais quand même pas mourir dans cette piaule pourri. Soudain les gardes me revinrent. Ils devaient encore être dehors, juste en dessous de nous. J'allais hurler lorsque je vis la lame de mon assaillant plonger droit sur mon estomac. D'une torsion du bassin, j'envoyais mon genou se plaquer contre le poignet meurtrier. Le trait fut dévié et m'entailla le flanc en même temps que celui du "gras double" qui me tenait. Il me lâcha sous la douleur. Je ne réalisais pas vraiment ce qui m'arrivait, mais je sentais poindre la douleur. Elle s'intensifia dès que je voulus prendre ma lame. Je serrais les dents et profitais de la confusion ambiante pour saisir mon épée. Une fois prêt je me jetais sur l'homme. Il s'excusait encore du mauvais coup porté. Je le poussais violemment contre son acolyte. Ils se cognèrent contre le mur. L'aubergiste lâcha la chevalière qui roula sur le sol poussiéreux. Il émit un râle rauque. Je bondis en avant, attrapa la bague et courus en direction de la porte. J'allais y parvenir lorsque je fus projeté violemment en arrière. Un pied énorme s'abattit sur ma tempe. Une fois, deux fois. Je n'allais pas lui laisser l'opportunité de m'en asséner un troisième. Je roulais sur le côté et tout en me relevant, fit tournoyer ma lame droit sur son mollet. Ma lame trancha la chair, les muscles, les tendons et l'os comme si ce n'était que de l'air, ou une simple motte de beurre. Le sang gicla soudainement et s'envola en une nuée écarlate qui se répandit sur le sol. Un cri terrible s'ensuivit. Je me relevais promptement et d'un coup d'épaule bien placé, percutais l'aubergiste qui bascula par la fenêtre dans un cri de douleur et de surprise. Sa jambe restait néanmoins dans la pièce. Un bruit sourd. Des cris d'alerte. Plus rien n'avait de réalité. J'étais dans une sorte de demi-conscience. L'homme semblait hésiter sur la suite des évènements. Je n'étais plus ce frêle garçon désormais. Et même à deux, ils n'avaient pas réussi à me tuer, pas même me voler. Un instant il reconsidéra la chose. Sa fierté ou son orgueil le poussa à réagir en homme. Il se jeta furieusement sur moi mais dans sa colère, glissa lamentablement sur le sang. Dans son déséquilibre ridicule, je plantais ma lame droit dans son sternum. Il s'écroula d'un seul tenant.

Je respirais calmement. Le sang affluait dans mes tempes à une vitesse folle. Je sentais ce liquide chaud se répandre sur mon visage, sur ma chemise. Je ne sentais plus vraiment la douleur bien que je pouvais la localiser. Les cris se rapprochaient de plus en plus. J'entendais déjà le martèlement, le cliquetis des hommes en armure. Je les entendais monter. D'ici quelques minutes ils seraient sur place et constaterais mon méfait. Ce n'était pas ma faute, c'était de la légitime défense ! Mais qui pourrait croire qu'un gamin pouvait tuer deux hommes et ce, de manière légitime. Moi-même avait du mal à le croire. Je venais de tuer deux hommes en une nuit. Deux hommes...Je réalisais l'horreur de la chose. Je devais me rendre. Ils se rapprochaient. La porte allait s'ouvrir et je me tiendrais là, bras en croix, prêt à recevoir ma punition. Prêt à être jugé pour mes crimes. Des cris. Une porte qui s'ouvre violemment. De nouveaux cris. Une clameur grandissante qui embrase le village. Le corbeau s'est envolé au même instant. Aussi libre que l'air.
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